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Génération «copier-coller» et sans guillemets
La «triche» à l'Université
Publié dans Le Temps le 25 - 12 - 2010

• La contagion s'étend à quelques professeurs eux-mêmes - Depuis des années, les universitaires tunisiens ne se font plus d'illusion à ce sujet : alors qu'on les prenait pour des pratiques d'écoliers et de lycéens, le copiage, l'antisèche, la fausse copie, le plagiat et toutes les autres formes de fraude scolaire ont gagné l'Université et se sont répandus dans les cycles les plus avancés de l'enseignement supérieur. Les professeurs s'y mettent désormais à plusieurs pour surveiller les épreuves des différents examens.
Aujourd'hui, de nombreux étudiants tentent de tricher même dans les matières qui d'habitude offrent peu de chances aux copieurs: la dissertation et le commentaire composé donnent ainsi lieu à plusieurs types de manœuvres frauduleuses qui, hélas, peuvent quelquefois passer, inaperçues. Aucune filière n'est épargnée : les cas de fraude sont enregistrés parmi les philosophes comme parmi les arabisants, parmi les littéraires comme parmi les scientifiques et les techniciens. Il faut dire que certains sujets proposés par les enseignants incitent à la récitation du cours et indirectement à l'utilisation de fausses copies et d'antisèches. Mais que dire lorsqu'il s'agit de mémoires de maîtrise et de mastère ?
Plagiat classique et moderne
Nous avons feuilleté, il y a quelque temps, l'un de ces travaux de recherche qu'un maîtrisard en littérature avait remis à son professeur : sur les 60 pages que compte le mémoire, il y en a 15 qui reproduisent intégralement et en continu le texte d'un ouvrage critique sur l'œuvre étudiée. Il va sans dire que l'étudiant ne rapportait pas les citations entre guillemets. Une autre étudiante, littéraire elle aussi, a obtenu dans son établissement tunisien une excellente note pour son mémoire de maîtrise et lorsqu'elle a présenté ce travail dans un dossier de troisième cycle en France, elle reçut de l'Université convoitée un courrier qui dénonçait près d'une vingtaine de pages plagiées. Pour son malheur, l'auteur de ces pages enseignait dans l'un des établissements de cette université et c'est à lui qu'on remit le dossier de l'étudiante tunisienne. De plus, on a soumis son mémoire à un logiciel anti-copie qui a dévoilé la supercherie ! Devant ce cas, d'aucuns sont tentés de s'interroger sur le degré de perspicacité de nos professeurs universitaires qui laissent passer de tels « délits » ; en théorie, ces derniers sont censés pouvoir aisément discerner les passages copiés de ceux que l'étudiant a lui-même développés. Mais un professeur ne peut pas avoir tout lu sur tel ou tel auteur, ou tel ou tel sujet. Il peut émettre des doutes sur quelques développements, mais il lui faut prouver la tricherie à son candidat et /ou au jury devant lequel le mémoire est soutenu. Aujourd'hui, ce type de contrôle est de plus en plus difficile avec la multiplication des sources où l'étudiant puise ses connaissances frauduleusement rapportées : en effet, depuis que nos étudiants ont accès à l'Internet, ils n'arrêtent pas de « pomper » dans les articles publiés sur les différents sites consacrés à la recherche scolaire et universitaire. Si au moins, ils citaient leurs sources, on aurait trouvé des excuses à ce recours au piochage sur des sites électroniques. Mais la plupart du temps, ils reprennent les textes sans les citer pour faire croire à la pertinence et à la profondeur de leur analyse.
Une crédibilité à préserver
Mais il semble que ce genre de pratique frauduleuse ait déjà contaminé les enseignants eux-mêmes : certains d'entre eux copient leurs cours sur Internet et les donnent en classe sans en citer la source. Il y en a aussi qui s'épargnent l'effort de commenter personnellement les textes au programme préférant se rabattre sur des explications toutes faites données dans les manuels. En dehors des leçons, les plus effrontés vont jusqu'à insérer des réflexions plagiées dans leurs articles et travaux de recherches. Il est vrai qu'on ne peut parler de plagiat véritable qu'à partir d'un certain nombre de pages copiées irrégulièrement (trois et plus). Mais comme dit l'adage, celui qui vole un œuf peut se permettre de voler un bœuf ! On parle aussi de cas de plagiat (heureusement très rares) dans les thèses de doctorat. Dans les milieux universitaires, on déplore également les cas d'auto-plagiat : pour faire croire à une fictive évolution dans leurs recherches, certains candidats aux concours de haut niveau rusent avec leur jury en reprenant le contenu intégral et peu modifié d'un travail antérieur. De telles pratiques, nous dit-on, se répandent dangereusement en France et dans d'autres pays du monde. Est-ce une excuse pour ne pas les dénoncer et pour ne pas les combattre ? Il y va de la crédibilité et de la qualité de notre enseignement supérieur ainsi que de sa place à l'échelle internationale !


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