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Les récits prémonitoires
Littérature égyptienne « L'Arche de Noé » de Khaled Al Khamissi
Publié dans Le Temps le 02 - 01 - 2013


Un roman aussi prémonitoire qu'original.
On ne présente plus Khaled Al Khamissi. Ce jeune Egyptien, diplômé de la Sorbonne et anthropologue de formation, s'est signalé à l'attention en 2007 en publiant son premier roman, Taxi, qui est très vite devenu un best-seller mondial.
Quinze fois réédité et traduit en plusieurs langues, le livre a d'abord connu un immense succès en Egypte où les lecteurs se sont identifiés avec les chauffeurs de taxi du Caire qui en sont les personnages principaux.
Basé sur des témoignages que l'auteur a recueillis lors de ses virées à travers la capitale égyptienne, Taxi raconte l'Egypte sous Moubarak, son chaos, sa bureaucratie et son désespoir. Les chauffeurs de taxi sont les héros des 58 saynètes douces-amères qui constituent ce volume à mi-chemin entre documentaire et fiction. Ils se révèlent être des observateurs perspicaces des mille maux dont souffre le pays des Pharaons en attente de changement... Depuis, une révolution spectaculaire a balayé l'ancien régime sans pour autant réussir à mettre en place un pouvoir en phase avec les aspirations populaires profondes !
Des soucis humanistes et sociaux
Ce nouveau roman de Khaled Al Khamissi, paru dernièrement en français sous le titre mythologique de L'Arche de Noé, s'inscrit dans la veine de critique sociale qui est devenue la marque de fabrique de la fiction égyptienne contemporaine. Emmené par le célèbre romancier-dentiste Ala el-Aswany, les nouveaux romanciers égyptiens ont fondé leur popularité sur leurs soucis humanistes et sociaux. Leurs récits engagés mettent en scène les heurs et malheurs des classes populaires à travers des microcosmes qui sont autant de métaphores éloquentes de l'Egypte d'aujourd'hui, inégalitaire et corrompue.
L'Immeuble Yacoubian d'el-Aswany ou Taxi de Khamissi illustrent brillamment ces nouvelles tendances des lettres égyptiennes modernes. Roman au titre métaphorique, L'Arche de Noé raconte la fuite hors de l'Egypte. Ses personnages sont des émigrants qui, sentant le déluge venir, partent chercher fortune à l'étranger. Ou tentent de partir. L'émigration est l'Arche de Noé sur laquelle ils se précipitent pour sauver leur peau.
Les candidats au départ viennent de tous les milieux : étudiant, professeur de philosophie, homme d'affaires, pizzaïolo, cuisinier, doctoresse copte, prostituée... Ils ont en commun, leur recherche de la dignité et de la reconnaissance, choses qu'ils ont du mal à obtenir dans leur pays natal où règnent l'arbitraire, la corruption et la dictature. « Dieu est meilleur là-bas », croient-ils en toute sincérité.
Les 12 récits qui composent ce volume sont racontés par une narratrice dont la propre histoire clôt le livre. Empathique, tendre, imaginative, elle incarne la mère égyptienne ou peut-être la mythique Schéhérazade, qui porte dans son ventre les principaux personnages et les aventures qui les conduisent vers leur destin.
L'auteur a expliqué que leurs histoires sont liées comme dans « une ronde formée par douze personnages qui sont logés dans le ventre de la narratrice. Ils se tiennent par la main car ils se retrouvent tous sur le même bateau et dans la même galère. En se donnant la main, chacun donne naissance à l'autre. Pourtant, chaque personnage est différent. Pour chacun, j'ai imaginé une histoire qui prend l'allure d'un conte. Je me suis inspiré de la forme littéraire connue dans la littérature arabe sous le nom de « al-maqâmat ». Dans ce type de narration, chaque conte en fait naître un autre. »
« Faire régner la justice »
L'Arche de Noé s'ouvre sur l'histoire d'Ahmad Ezzedine, jeune licencié en droit qui cherche à trouver un poste au Bureau du Procureur. Faute d'argent pour graisser les pattes, il doit abandonner son ambition de « faire régner la justice ». L'émigration s'impose à lui comme le seul recours. Comme des milliers d'autres chômeurs de son pays sans perspectives d'avenir, il se met à fréquenter les cyber-clubs et à « chatter » furieusement avec des Américaines, des Italiennes ou des Françaises avec l'espoir qu'il finira par plaire à l'une d'elles et obtenir, enfin, le visa tant rêvé. Il réussit à convaincre une jeune Américaine de l'aider. Mais tiendra-t-elle sa promesse ?
Alors qu'Ahmad s'accroche à un espoir fragile, sa fiancée égyptienne avec laquelle il a rompu pour pouvoir partir est contrainte par sa famille d'épouser un restaurateur déjà installé à New York. Paradoxalement, c'est elle qui part la première. Le récit d'Hagar Mostafa est une des histoires les plus émouvantes du recueil. Celle de Tifa, « l'homme à tout faire » de la Pizzeria Aladin de New Jersey où finit par débarquer Hagar, est au cœur de la troisième nouvelle du volume. Et ainsi de suite, la ronde se poursuit, entraînant le lecteur d'un récit de vie à l'autre, du rocambolesque au tragique. Chroniqueur des espoirs et du désespoir de son peuple, dans la lignée d'un Naguib Mahfouz, Khamissi a réussi à trouver son public. Conteur hors pair, il les séduit en leur livrant leur présent, leur futur, leurs frustrations et leurs rêves. Avec en sus, l'art propre aux grands romanciers, consistant à transformer la banalité du quotidien en magie verbale porteuse de sens. (MFI)
L'Arche de Noé, par Khaled Al Khamissi. Traduit de l'arabe par Soheir Fahmi. Paris, Actes Sud, 2012. 368 pages.


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