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La Tunisie transformée en une montagne d'ordures
Dossier
Publié dans Le Temps le 22 - 03 - 2013


*A ce point il nous faudra un miracle
Le spectacle est désolant. Des milliers de mètres cubes de déchets ménagers et de démolition sont entassés dans l'une des principales entrées de la capitale, au niveau du lac sud. Le volume s'élève à 15 mille m3. Le paysage qui dure depuis longtemps est le même dans les différentes villes du Grand-Tunis.
La pollution, le désordre pour ne pas dire le chaos se sont installés depuis la Révolution du 14 janvier rendant les quartiers et les villes de la cité infréquentables. Cela est dû à des facteurs d'ordre structurel qui datent depuis des années ainsi que d'autres plus récents. Des collectivités locales très mal équipées en termes de moyens financiers et de ressources humaines, un système de gestion des déchets qui ne se base pas sur une approche très claire, à savoir : l'élimination des déchets à la source, le dysfonctionnement au sein des services concernés par la question... A cela s'ajoutent d'autres facteurs qui remontent à l'après Révolution. Il s'agit notamment, du relâchement au niveau du contrôle à cause de l'insécurité, des mouvements et des grèves dans les différentes structures concernées par la collecte des déchets (agents municipaux, agents travaillant dans les décharges contrôlées...), sans oublier le comportement du citoyen qui applique la fameuse règle « Not in my Backyard ». Pas dans mon jardin. La situation est le moins que l'on puisse dire regrettable. La Tunisie voit de jour en jour son image ternie. On parle aujourd'hui, de circuits d'ordures qui prennent place dans les forêts, à proximité de la Cité Olympique de Radès. C'est aberrant pour un pays qui a investi des ans durant dans l'environnement. Quel rôle compte jouer la commission nationale de la propreté dans les prochains jours pour redonner à la Tunisie une belle image ? Le secrétariat de l'Environnement aura de son côté du pain sur la planche. De grands chantiers sont à entreprendre pour réconcilier le citoyen avec son environnement et surtout lui offrir des meilleures conditions de vie.
Cela ne va pas se réaliser par une baguette magique comme le mentionnent aussi bien les experts dans le domaine ainsi que les responsables municipaux. C'est un travail de longue haleine qui nécessite un investissement. Entre temps il faut arrêter des solutions urgentes, notamment des campagnes de propreté durables et l'implication des différents concernés par le sujet.
Seifallah Lasram, Maire de Tunis
« Ce n'est pas par un tour de magie que les choses vont s'arranger »
Seifallah Lasram, Maire de la Ville de Tunis considère que la propreté de l'environnement reste dans le contexte actuel difficile à gérer. « Il y a toujours un grain de sable qui ne permet pas de stabiliser la situation », explique le Maire de la Ville de Tunis dans cette interview.
*La ville de Tunis change de visage à cause de la pollution. Quelles sont les solutions prévues pour remédier à cette situation ?
- Seifallah Lasram
La question doit être traitée à deux niveaux, le premier est la situation actuelle et le deuxième niveau qui est un peu plus général, c'est le traitement des déchets de façon générale. Partons de la situation actuelle qui n'est pas bonne. Nous sommes en train de vivre aujourd'hui, un état de délabrement de la propreté qui est dû, à la date où nous parlons, d'un passif pas très loin de nous.
En fait, il faut savoir qu'à notre niveau, notre mission consiste en la collecte des déchets pour les transférer dans une décharge. A rappeler qu'il y a eu entre le 23 janvier et le 28 févier une fermeture de la décharge de Jebel Chakir qui n'est pas ni sous notre tutelle, ni notre propriété. Alors la ville de Tunis, (l'épicentre de Tunis et ses 15 arrondissements) doit assurer le ramassage de 500 à 600 tonnes de déchets par jour.
La situation devient plus dramatique quand il s'agit du Grand-Tunis qui regroupe les gouvernorats de Tunis, Ben Arous, Ariana, et La Manouba et qui se compose de 34 délégations spéciales. Pour celui qui traverse les frontières du Grand-Tunis il ne fait pas la différence entre les gouvernorats. Il fait donc un constat que tout est en mauvais état. Je ne vais pas entrer dans une polémique avec nos voisins, mais je dis que nous avons pu, nous la ville de Tunis- maîtriser la situation beaucoup plus efficacement que d'autres.
*Mais de quelle période parlez-vous, alors que les ordures sont entassées à ciel ouvert dans les différents coins de la ville et même au niveau des principales entrées de la capitale.
-Comme je l'ai déjà dit, il y a deux niveaux pour traiter cette question. La situation actuelle et la situation générale depuis le 14 janvier 2011. Là, je parle de la situation actuelle qui se présente comme suit : une décharge fermée et une masse de déchets quotidienne de l‘ordre de 500 à 600 tonnes. Alors la question que tout le monde a le droit de se poser est : où ce volume d'ordure a-t-il été stocké ? Le volume collecté est déposé dans les 17 centres de transfert qui ne sont pas destinés à être des décharges. Mais compte tenu de la situation, ils ont été transformés lors de la grève des agents qui travaillent dans les décharges contrôlées.
Pour ce qui est des entrées de la ville, elles sont depuis des mois, bien avant cette situation là encombrées par les déchets de construction, et faute de pouvoir déverser les déchets ménagers dans l'espace qui leur est réservé, certaines personnes se permettent de les jeter dans ces espaces. Cela donne l'impression que des montagnes d'ordures ménagères sont entassées, alors qu'il s'agit de quelque vingtaine sachets.
*Mais il ne s'agit pas de quelque vingtaine de sachets. Des camions viennent déverser carrément les déchets dans ces espaces.
-En fait, les passants ne peuvent pas distinguer la composition de ces débris. La couche supérieure est celles des déchets ménagers et la couche inférieure est celle des déchets de construction.
Depuis la reprise du travail dans les décharges, beaucoup se posent la question sur la persistance de ce phénomène. En revanche, il importe de savoir qu'il faut tout d'abord pouvoir évacuer les centres de transfert devenus des décharges. Cette action nécessite du temps et de l'argent. D'ailleurs il est prévu que cette opération dure jusqu'à la fin du mois de mars.
Autre chose, qu'il faut savoir, est que 37 communes du Grand-Tunis sont concernées par ce problème. Il est vrai que le travail a été repris à la décharge de Jebel Chakir, le 1er mars, mais la longue file d'attente devant la décharge fait que le rythme d'activité n'a pas encore repris de manière normale. Dès lors, la direction de la propreté se trouve obligée de gérer deux missions en parallèle, celle d'évacuer les centres de transfert et la collecte quotidienne des déchets. Ce n'est pas donc par un tour de magie que les choses vont se rétablir.
*Cela dépend de quoi, sachant qu'une autre grève est prévue dans le secteur lors du mois d'avril ?
-Nous reviendrons à la situation d'anton si cette grève annoncée est observée. Nous n'avons pas une baguette magique.
*Vous parlez là, d'une situation particulière. Mais nul ne peut nier que la propreté fait défaut.
-Maintenant revenons un peu en arrière. Après le 14 janvier, nous ville de Tunis, nous avons vu le tiers du matériel de travail détruit et nous sommes en train de le reconstituer. 3000 bennes d'ordure ont été brulées entre janvier et février 2011. Nous avons réussi à avoir actuellement 2300 bennes pour assurer le travail.
*Avez-vous réussi à retourner à une situation normale ?
-Là aussi nous sommes dans la même logique. Rétablir la situation normale au niveau du matériel roulant, n'est pas suffisant pour assurer la collecte des déchets. Notamment, la ville de Tunis a besoin de 60 bennes tasseuses opérationnelles. Sachant qu'il faut avoir 70 engins pour pouvoir travailler correctement et plus rapidement, car ces engins déversent les déchets directement dans la décharge contrôlée de Jebel Chakir. Toutefois, quand la collecte est assurée par des camions, il faut évacuer tout d'abord les ordures dans les centres de transfert. C'est un travail double alors. Par ailleurs, la ville de Tunis fonctionne actuellement avec une moyenne de 25 bennes tasseuses seulement. 5 nouvelles bennes seront acquises d'ici la fin 2013 pour renforcer le matériel roulant.
*Manque de moyens, matériel roulant vétuste et insuffisant, une cadence d'acquisition limitée, contre une augmentation du volume de déchets. Avez-vous des chiffres reflétant l'état des lieux pour mieux gérer le problème ?
-Je ne peux pas me prononcer sur les statistiques. Notre élément de mesure ce sont les quantités que nous transférons à la décharge. Les quantités transférées sont de l'ordre de 600 tonnes par jour.
*Pouvez-vous affirmer que la situation est ingérable ?
-Nous ne pouvons pas dire que c'est ingérable. C'est plutôt difficile à gérer parce que nous vivons dans un contexte marqué par des contradictions au niveau du personnel, leurs revendications, le comportement du citoyen parfois irresponsable et qui se répercute sur l'opération de ramassage des déchets.
*Etes-vous en contact avec les autres intervenants dans le domaine pour améliorer la situation ?
-Nous sommes dans une phase où on gère les urgences. Les grèves s'enchaînent l'une après l'autres. Il y a toujours un grain de sable qui ne permet pas de stabiliser la situation. Pour que les choses parviennent à un niveau optimum, et pour passer vers le meilleur, il faut avoir un rythme de croisière. Si on n'arrive pas à maintenir ce rythme nous serons obligés de gérer l'actualité et de laisser de côté le stratégique qui nécessite des années et une approche claire.
*Faut-il alors que le dossier de gestion des déchets soit dirigé par un seul intervenant ?
-Qui serait le premier responsable est une question importante, mais pas essentielle. Je dirais qu'il faut avoir une vision d'en haut sur ce qui doit se faire.
*Cette vision est absente jusqu'à présent ?
-Elle est incomplète.
*Est-ce le rôle de la Commission Nationale de la Propreté ?
-Mais où est-ce qu'elle est la Commission Nationale de la Propreté ? La commission n'est pas en train de fonctionner comme son nom l'indique.
*Alors quelle solution faut-il adopter ?
-La solution reste alors le retour à un système qui fonctionne.
*En quoi consiste-t-il ?
-Je dis plutôt que c'est à plusieurs niveaux. Il faut se poser la question suivante : est ce qu'une seule décharge dans le Grand-Tunis suffit pour les 37 communautés. ? Cette décharge commence d'ailleurs, à arriver à saturation. Est-il possible de travailler avec des municipalités qui sont incapables de part leur matériel, le nombre de personnel, leurs moyens et structures administratives spécialisées, est ce qu'on peut hisser le service à un niveau optimum ? Moi je dis non actuellement. Il y a un manque d'investissement faute de budget et de moyens. Il y a un autre facteur qui ne manque pas d'importance, le comportement du citoyen qui nécessite un travail de longue haleine. Aujourd'hui, des concentrations anarchiques se développent de manière exponentielle, à El Mourouj, El Kabbaria, Jebel Jloud, Kerch El Ghaba (Les jardins d'El Menzah). Cela complique davantage le travail municipal à tous les niveaux. Je tiens à dire dans ce cadre que nous n'avons pas les moyens requis pour contrôler ces comportements.
*Qu'en est-il des déchets de démolition entassés dans différents espaces?
-C'est un travail d'ensemble. Il faut une fois pour toute contrôler les frauteurs et les arrêter. Toutes les parties concernées sont en situation d'attente et dans l'incapacité d'agir.
Mounir Majdoub, spécialiste en environnement et en développement
« Il faut réviser l'ensemble du système de gestion des déchets et la politique des institutions »
Dans cette interview, Mounir Majdoub, spécialiste en environnement et en développement recommande d'asseoir le plus vite possible une nouvelle vision et une nouvelle stratégie pour réduire la production des déchets, à la source. Il considère aussi que l'institution chargée de la gestion des déchets à savoir l'Agence Nationale de Gestion des Déchets a du mal à coordonner avec les collectivités locales malgré toutes les bonnes intentions ce qui se répercute sur tout le système de collecte des déchets.
*Le Temps
Faut-il accepter la pollution de l'environnement après la Révolution comme une fatalité ?
-Mounir Mjadoub
Non. Je ne pense pas que c'est une fatalité. Par contre c'est un grand défi. Traditionnellement, en Tunisie les instituions ont pris l'habitude de gérer cette question au niveau municipal principalement et ce, parce que la gestion des déchets municipaux et des ordures ménagères en particulier, qui représentent le gros lot de déchets, est une affaire de proximité. C'est un service public urbain, local, donc municipal. Depuis des décennies, voire avant l'indépendance, c'est la municipalité qui s'occupe de la collecte des ordures ménagères et également, la propreté de la ville. Mais les municipalités en Tunisie ont toujours rempli cette tâche avec des difficultés dues à plusieurs facteurs dont, le manque de moyens matériel et humain ainsi que le manque d'organisation et d'un certains sens de civisme de la part de quelques citoyens. Malgré cela, les communes ont tant bien que mal, assuré leur tâche.
Ce qui s'est passé avant la Révolution et les deux dernières années qui constituent une période particulière d'une manière générale à cause de l'installation du désordre et du chaos, avant cette période, l'Etat a introduit une certaine organisation dans le système de gestion des déchets, qui a mon avis est une organisation nouvelle qui a perturbé l'ensemble du système de gestion des déchets.
*En quoi consiste ce système de gestion des déchets ?
-Il s'agit de la création d'une Agence Nationale de Gestion des Déchets (ANGED). Le rôle de l'agence était de planifier et d'organiser l'ensemble du système de gestion des déchets dans le pays et de coordonner tout ce qui se fait en la matière. On lui a également, confié la tâche de construction des décharges appelées contrôlées par opposition aux décharges non contrôlées ou « sauvages », où l'on entasse les déchets sans tri et qui peuvent causer des pollutions de l'environnement et de la nappe phréatique. La construction, le choix du site, l'exécution des travaux...et également l'exploitation ont été confié à l'ex-ministère de l'environnement à travers l'ANGED. Ce qui a fait qu'une partie importante du système de gestion des déchets qui ordinairement est du ressort des collectivités locale a été de facto transférée à une agence publique qui ne dépend pas du ministère de l'Intérieur. Ceci a créé à mon avis une certaine confusion dans les tâches entre d'une part les collectivités locales, et d'autre part l'Agence Nationale de Gestion des Déchets. Il a été dit à ce moment là que la construction des décharges serait assurée par l'agence et l'exploitation par les communautés locales. Cela n'a pas été fait. L'orientation a été même faite pour la gestion privée.
Donc opérationnellement, les communes ont été exclues de toute cette phase de l'élimination ou du traitement final des déchets. Alors que d'après la loi organique des communes, la collecte, le transport et l'élimination des déchets, dépend des collectivités locales. Une confusion a dès lors été créée ce qui fait que les communes, compte tenu de l'insuffisance de leurs ressources, de leurs moyens, et de leur incompétence ont laissé faire.
Non seulement cela. En plus des décharges, l'ANGED a construit des centres de transferts des déchets, qu'elle exploite également. Le transport des déchets, en partie, n'est plus des prérogatives des collectivités locales. Par conséquent, les communes ont été progressivement astreintes à gérer les déchets dans leurs localités. C'est-à-dire à collecter les déchets et les déballer quelque part. Donc techniquement, financièrement et opérationnellement toute la partie en aval du système de gestion des déchets, n'appartient plus aux collectivités locales. Elle appartient à un autre organisme de l'Etat, centralisé qui est l'ANGED et qui a du mal à coordonner avec les collectivités locales malgré toutes les bonnes intentions.
*Comment évaluez-vous ce choix ?
-A mon avis, ce choix a déresponsabilisé les communes pour une grande partie de leurs tâches. Ceux qui ont opté pour ce choix, ont voulu bien faire. Ils voulaient d'une part réduire les charges des collectivités locales et d'autre part, avoir une maîtrise et un contrôle général sur l'ensemble du système de gestion des déchets. Mais en fait ça n'a pas marché.
*Surtout après la Révolution
-Ce qui s'est passé et qu'il y avait, déjà avant la Révolution, des problèmes techniques et financiers. Il y a des communes qui n'arrivent pas à payer leurs redevances aux gestionnaires des décharges, d'autres n'ont pas payé leur part dans le financement des décharges, et de fait le système est devenu déficitaire. L'agence en question a accumulé des déficits et pour combler le déficit l'Etat est allé vers la création d'une taxe pour la protection de l'environnement financée par les ressources d'importation. Il y a donc, un problème à ce niveau là. Une deuxième chose, est que le système de gestion des déchets, malgré toutes les expériences pilotes et les études qui ont été faites en termes de collecte et de tri sélectif des déchets en vue de valoriser les déchets et éviter d'envoyer tout à la décharge, tout ça, n'a pas été mis en place et il fallait que les communes s'en occupent et le gèrent. Et comme elles n'ont pas été impliquées ni volontairement, ni politiquement dans le tri sélectif des déchets, cela n'a pas été fait. L'ANGED a essayé de le faire en sortant du circuit certains produits dont le plastique à travers un système spécial qui s'appelle ecolef, ainsi qu'un autre système pour les filtres et les lubrifiants. Même à ce niveau, les communes n'ont pas été impliquées. Alors que partout dans le monde, là où on a opté pour le tri sélectif, ça été fait par les communes.
*A votre avis, les communes n'ont pas été impliquées dans cette démarche ?
- C'était un choix politique.
*C'était donc un mauvais choix ?
-Je juge les résultats. Nous avons de plus de en plus de déchets. Nous n'arrivons pas à valoriser, à recycler ni à réduire la production des déchets et à gérer correctement, la collecte et le transport des déchets. Le résultat est donc là.
Il faut savoir que lors des années 90, le ministère de l'environnement a voulu mettre en place un grand organisme de gestion des déchets similaire à l'ONAS pour s'occuper de la question des déchets depuis la collecte jusqu'au traitement final. Mais à mon avis, ça n'a pas réussi et ça a créé une certaine perturbation sur l'ensemble du système qui a fait qu'aujourd'hui nous avons de graves problèmes.
*Quels sont ces problèmes ?
- Après la Révolution, nous avons constaté deux phénomènes. Le premier qui est important voire très important, c'est l'état et la situation économique et financière des communes. Les conseils municipaux ont été dissous pour être remplacés par des délégations spéciales, cette opération a pris des mois dans certaines communes. Par conséquent, le système de décision a connu une grande perturbation. Par la suite, les délégations spéciales qui ont été nommées ou désignées malgré la bonne volonté des personnes qui les constituent, la plupart d'entre eux manquaient d'expérience dans le travail municipal. Lié à ça l'état financier des communes très limité même avant la Révolution, sans oublier les dégâts enregistrés avec la Révolution. Il ne faut pas oublier les grèves qui ont perturbé le système de collecte.
Un deuxième phénomène soulevé après la Révolution, est celui des décharges. Avec la bouffée d'oxygène et cette liberté donnée au peuple, tout le monde a commencé à manifester pour ses droits, y compris les populations qui habitent à proximité des décharges d'ordures ménagères qui ont demandé la fermeture de ces décharges responsables de nuisance. C'est un phénomène naturel, qu'on appelle « not in my backyard ». Pas dans mon jardin privé. Ceci a été à l'origine de fermeture de plusieurs décharges. Egalement, les ouvriers qui travaillent dans ces décharges ont protesté pour revendiquer leurs droits.
Il y a des causes organisationnelles et politiques qui remontent à l'avant 14 janvier. Il existe aussi des problèmes inhérents aux collectivités locales, d'ordre financiers, et humains qui sont apparus après le 14 janvier mais qui étaient déjà là et ont éclaté après la Révolution. Tout cela devant une administration publique affaiblie. Certaines agences publiques ont connu des conflits internes ce qui a fait que la gestion courante a été perturbée. Conséquence. Rupture de la chaîne de gestion des déchets plusieurs fois. Quand une décharge n'est pas en exploitation, les ordures vont être déversées ailleurs dans la nature. A cela s'ajoute un autre phénomène : l'affaiblissement du contrôle à tous les niveaux, et ce à cause des difficultés et l'insécurité. Il faut dire qu'il y a une légère amélioration lors des ces derniers mois. Mais on n'est pas encore sorti de la crise.
*Quelles sont les solutions à mettre en place pour remédier à cette situation ?
-Une partie de la solution pour le problème structurel, c'est la révision de l'ensemble du système de gestion des déchets et de la politique des institutions qui s'en occupent. Il faut absolument et le plus vite possible asseoir une nouvelle vision, une nouvelle stratégie et un nouveau système pour réduire la production des déchets à la source, pour valoriser et recycler tout ce qu'on peut recycler. En fait, il existe en Tunisie une loi cadre de gestion des déchets promulguée en 1996 et qui définit les objectifs de l'Etat en matière de gestion des déchets, qui est tout à fait correcte à mon avis. Mais ils n'on pas été réalisés. Elle mentionne que les décharges contrôlées sont réservées aux déchets ultimes c'est-à-dire, les déchets après avoir exploité toutes les possibilités de valorisation et de recyclage des déchets. Alors qu'on a rien pratiquement rien fait à ce niveau. Car c'est très difficile de réaliser cette opération.
Il faut aussi confirmer la décentralisation de gestion des déchets et rendre cette tâche comme une tâche de service public urbain, de proximité, sous le contrôle des collectivités locales et leur donner les moyens pour qu'elles puissent accomplir cette tâche. Il s'agit là des orientations politiques et de base qu'il faudrait asseoir.
*Mais cela va prendre du temps. Que faut-il faire dans l'immédiat ?
- Il faut au plus vite trouver un moyen par la négociation, la communication et le dialogue, quitte à mettre en place un système de compensation des citoyens pour rouvrir les décharges qui sont fermées et qui n'opèrent pas de manière régulière. Il faut s'assurer que les décharges construites aux frais des contribuables travaillent de manière régulière.
Autre solution à envisager, l'augmentation des moyens des communes et l'organisation des campagnes de collecte des déchets. Il faut dans l'urgence ouvrir des vrais chantiers de propreté et de protection de l'environnement qui peuvent créer des centaines, voire des milliers d'emplois même de manière temporaire au bout d'un an. Car une campagne ne peut être réalisée de manière isolée. Il faudrait mettre en place tout un programme coordonné par une structure interministérielle où des entreprises privées et mis à profit et où la société civile et les associations doivent participer volontairement. C'est une urgence.
*S'agit-il là du rôle de la commission nationale de la propreté ? Comment évaluez-vous son rendement ?
-Je ne peux pas juger vraiment le travail de la commission. Elle dépend du ministère de l'Intérieur. D'habitude cette commission a un rôle occasionnel, pas un rôle périodique et régulier dans le temps. A l'occasion de certaines échéances elle met le paquet pour faire des campagnes de propreté.
*Les villes sont envahies aujourd'hui aussi bien par les déchets ménagers que les déchets de démolition.
-L'entassement des déchets de démolition est dû au manque de contrôle qui n'est plus effectué comme avant. En fait le citoyen tunisien s'est libéré après le 14 janvier 2011. Je pense même que le citoyen s'est libéré de l'Etat.
*Que faut-il faire pour en urgence pour arrêter ce fléau de déchets de démolition ?
-Honnêtement, il n'y a pas de solution ou de recette magique. C'est vrai que les déchets ont un impact négatif sur l'environnement et la santé du citoyen. Mais également il y une autre question très importante, la sécurité du citoyen qui est prioritaire. Et si l'Etat arrive à restaurer la sécurité, en priorité on aura gagné sur plusieurs fronts à la fois y compris au niveau gouvernemental.
*Mais comment sont gérés les déchets de démolition ?
-Il y a des espaces dans les grandes communes où il y a beaucoup de travaux qui sont réservés aux déchets de démolition. Le dépôt est payant. Le volume de déchet de démolition qui a été produit après la Révolution est sans aucune mesure comparable à celui de l'avant Révolution.
*C'est l'effet d'un boom immobilier ?
-C'est le boom de la construction sans autorisation. Il y a deux phénomènes. Les gens ne veulent plus payer pour les droits de dépôt et se déplacer des kilomètres pour déverser les déchets dans les espaces qui y sont réservés. Et deuxièmement l'évolution de la construction anarchique.
Il faut donc réhabiliter la confiance du citoyen dans l'Etat et rétablir la sécurité, le reste sont des solutions techniques qu'on pourrait mettre en place.
*Et le rôle de la société civile dans tout cela ?
-Le rôle que jouaient certaines associations avant la Révolution était sur la demande d'une administration à l'occasion de quelques rendez-vous. Actuellement, sur le terrain, on est encore très loin de la contribution réelle de la société civile. Il faut dire également que la société civile a sa mission et l'Etat a son rôle. Il ne faut pas croire que la société civile fait le rôle de l'Etat, mais elle peut par ailleurs faire de la pression, attirer l'attention des pouvoirs publics, faire de la proposition constructive et positive pour réformer les politiques et contribuer à l'éduction des citoyens. Résoudre le problème de l'environnement, ce n'est pas le rôle des associations.
Propos recueillis par


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