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Tunisie: Ce que cache l'euphorie du parti Ennahdha après les résultats des élections municipales
Publié dans Tunisie Numérique le 07 - 05 - 2018

Le Mouvement Ennahdha a célébré en grande pompe dimanche soir sa victoire aux élections municipales annoncée par les résultats partiels et les projetions de SIGMA Conseil qui le créditent de 27,5% en tête des partis politiques devant Nidaa Tounes 22,5%.
Tous les cadres et dirigeants du parti se sont retrouvés au siège, à Montplaisir où les militants qui s'étaient massés devant le bâtiment pour fêter leur victoire, arboraient le sourire de la victoire et des jours de triomphe, entonnant des slogans et allumant pétards et feux d'artifice.
Une joie qui cache pourtant une réalité amère. Ce parti politique qui participe pour la troisième fois à des élections depuis 2011, n'a pas progressé au sein des franges du peuple tunisien.
Tous les efforts visant à lustrer l'image du parti et à le placer sous un nouveau jour telle que la séparation entre religieux et politique, l'égalité entre les genres, et autres cravates portées par le Cheikh Rached Ghannouchi, n'ont pas réussi à briser les phototypes qui lui collent.
Ces résultats modestes constituent, selon certains observateurs, une défaite cinglante. Pour eux, cette euphorie dissimile la satisfaction d'avoir limité la casse qui auraient été plus résonante si le taux de participation avait grimpé à plus de 60%.
Autre anomalie, en 2014, Ennahdha avait démenti les résultats des sondages d'opinion publiés par SIMGA qui donnaient la victoire à Nidaa Tounes et dont les chiffres ont été pratiquement confirmés par les résultats officiels.
Qu'est ce qui s'est passé cette fois, pour que Ennahdha donne du crédit à ces chiffres, sinon qu'ils la donnent gagnant ?
Les faux calculs d'Ennahdha
En réalité, le parti islamiste Ennahdha tablait sur une victoire plus large après avoir été certain que le taux d'abstention allait atteindre des records. Persuadé que la discipline qui règne au sein de ses militants et sa capacité de mobilisation allaient lui donner une victoire écrasante, Ennahdha projetait de rafler tous les sièges.
Les ténors d'Ennahdha pensaient que Nidaa Tounes émietté par les défections multiples et les scissions qui l'ont affecté allait subir une défaite cuisante ce qui ouvrait l'opportunité une grande à Ennahdha de revenir en force, se positionnant comme le principal parti avec l'obtention d'un taux élevé.
En outre, les nahdhaouis estiment que Nidaa Tounes étant le parti au pouvoir notamment, étant donné que le président de la République est issu de ses rangs, comme le président de l'Assemblée des représentants du peuple et le chef du gouvernement, Nidaa Tounes sera affecté lors des élections par le syndrome de l'usure du pouvoir.
Une règle qui consiste à faire subir au parti qui était aux affaires un vote sanction de la part des électeurs.
Les dirigeants d'Ennahdha oublient que leur parti est le principal allié du gouvernement et du parlement de Nidaa Tounes et partage de fait toutes les vicissitudes du pouvoir.
Tous les calculs se sont révélés être inexacts car Ennahdha n'a pas réalisé un score exceptionnel. Au contraire, les résultats démontrent que le mouvement islamiste n'a pas progressé et garde les mêmes proportions.
En effet, la différence entre Ennahdha et Nidaa Tounes ne dépasse pas les 5 points ce qui reste dans les proportions du respectable et ne traduit pas un effondrement du parti de Béji Caïed Essbsi.
Le leadership de Hafedh Essebsi se confirme
Le parti qui tire son épingle de ces élections et qui en sort vainqueur est Nidaa Tounes qui a pu sauver les meubles en dépit des estimations qui le donnaient perdant.
Non seulement, Nidaa Tounes a résisté mais il conserve toujours une grande part de manœuvre. Si on ajoute les résultats de 22,5% obtenus par Nidaa à ceux du parti de Machrou Tounes de Mohsen Marzouk et des autres partis dont les dirigeants ont fait défection, le score dépassera celui d'Ennahdha.
Ainsi, le leadership de Hafedh Caïed Essebsi qui a été vivement contesté par ceux qui ont claqué la porte du parti parmi les fondateurs, à l'instar de Mohsen Marzouk, Ridha Belhaj, Lazhar Akremi, Said Aidi et Tahar Ben Hassine, s'est relevé être efficace.
Il a pu maintenir la solidité du parti et a réussi à passer la première épreuve avec succès, ce qui lui donne une plus grande légitimité.
Les critiques le confinant au statut de fils à papa, ne pourront plus tenir. Il a su prouver son aptitude à diriger le parti et à préserver ses acquis en maintenant intact son réservoir électoral.
Ce qu'il faut maintenant pour les dirigeants de Nidaa Tounes est de tenter de se ressouder en ramenant dans leur giron les dirigeants fondateurs, car le parti peut les englober tous mêmes si chacun est issu d'un horizon différent.
Nombreux sont ceux qui avaient tablé sur l'effondrement de Nidaa Tounes pensant que c'est un parti hétéroclite et que l'usure du temps et des crises allaient finir par en avoir raison.
Sa survie à ses différentes crises et en dépit du fait que jusu'à présent, il n'ait pas encore tenu son congrès constitutif, prouve la solidité de ce parti qui est construit sur un socle solide.
La persistance de Nidaa Tounes et sa préservation s'explique pour beaucoup par l'image de son fondateur Béji Caïd Essebsi.
L'aura dont jouit Béji Caïd Essebsi continue à donner de l'éclat à Nidaa Tounes qui réussit à se maintenir malgré les scissions et les défections au cours des deux dernières années.
En tirant les leçons de ce scrutin, qui appelle à plus d'unité et de proximité avec les citoyens, Nidaa Tounes pourrait rééditer un véritable exploit en 2019, estiment les observateurs.


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