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Chronique, Le mot pour le dire : Chat noir
Publié dans Tunivisions le 29 - 11 - 2013

« La différence entre un chien et un chat : Le chien pense : ils me nourrissent, ils me protègent, ils doivent être des dieux. Le chat pense : ils me nourrissent, ils me protègent, je dois être Dieu ».
Ira Lewis
Il y a maintenant plus d'une année que la Tunisie est à la merci d'un ravisseur sans foi ni loi. Son nom importe peu, surtout qu'il n'est pas un être matériel identifiable, mais une entité tentaculaire semblable à une pieuvre géante : un monstre aquatique venu d'un océan lointain et qui infeste aujourd'hui notre bassin méditerranéen. Mais pour le commun des mortels, que l'abstraction indispose, l'hydre, qui désole le pays depuis le 23 octobre 2012, n'a rien à voir avec les élucubrations des fabulistes et des mythologues. Eux, ils croient, dur comme fer, qu'il s'est incarné dans les institutions auxquelles l'ANC a donné naissance, et dans l'assemblée constituante elle-même. Les bonnes gens sont enclins à penser que la bête immonde n'est pas sortie des eaux puisqu'elle ressemble à un chat, de couleur noire. Pour me convaincre de ces justes vues, ma mère me rappelle d'une voix grave qu'il est attesté que, de toutes les créatures sataniques, le matou noir est le plus dangereux. Il est en effet de notoriété publique que si on se laissait tenter de frapper cette saleté, on courait le risque d'être terrassé par la foudre, et si, par contre, on lui ouvrait toute grande la porte de notre demeure, il nous boufferait notre dîner et ne manquerait pas de nous bouffer nous-mêmes !
Au terme de cette indispensable mise au point, ma mère me rappelle que les chats – tous les chats sans exception, et de quelque couleur qu'ils soient – sont inoffensifs et qu'il me faut me méfier seulement des chats humains d'autant plus qu'ils sont, eux, tous, les barbus et les sans barbes, noirs foncés. Mais elle oublie, bonne comme elle est, d'aller au bout de son idée, surtout d'oser appliquer sa recette à la réalité politique locale. Quiconque d'autre, à sa place, aurait franchi ce pas et aurait proclamé haut et fort que notre chère nation tunisienne est victime, depuis le 23 octobre 2012, des lubies d'un drôle de matou, qui a nom Ennahdha et pour sobriquet la Troïka.
Il ne sert à rien d'expliquer à ma mère le bienfondé d'un pareil rapprochement. En dépit de toutes les explications que j'aurais pu lui avancer, elle se serait contentée de me regarder d'un air dubitatif et se serait exclamée, au bout d'un silence éloquent : Allah Yahdi Ennas El-kol ! Je me dis, non sans dépit, que la quartette, qui s'escrime depuis plus de quatre mois pour réunir les politiciens tunisiens autour d'une table, ne se serait pas contenté, lui, de cet aveu d'impuissance. Lui, il sait pertinemment qu'un chat noir, de ce noir sinistre et macabre qui annonce les grands malheurs, hante le foyer national et qu'il s'ingénie à dilapider notre temps à tous en quête d'un consensus dont il ne veut point. Pourquoi voulez-vous que l'occupant participe aux pourparlers – dit également dialogue – qui devraient aboutir à son exclusion d'un fief qu'il considère comme le sien propre ?
Cela s'appelle le complexe du maître de céans, et c'est là un mal incurable, même si le quartette, qui arbitre le dialogue dans un stade en débandade, continue d'espérer en un remède quelconque, une sorte de panacée qui surviendrait au moment propice et arracherait la Tunisie au chaos. Au fait, le chat noir qui désole notre patrie est persuadé qu'il ne risque rien et, fort de cette impunité, il use de tous les moyens pour faire durer le calvaire de ses administrés et, ce faisant, jouir indéfiniment du plaisir que lui procure le spectacle affligeant d'un pays en souffrance.
Il est juste, se dit le matou nahdhaoui, soutenu par ses deux complices de fortune, que ce satané peuple paye le prix de sa lâcheté, lui qui n'a pas bougé le petit doigt pour lui épargner les affres de l'inquisition laïque des deux tyrans déchus ! Il est juste que ce peuple souffre dans sa peau pour se purger, une bonne fois pour toutes, de cette couardise congénitale et mériter ainsi la théocratie de droit, démocratie d'entre toutes les démocraties la meilleure, que le matou, couleur de deuil, aidé par ses sbires laïcs républicains, est en train de concocter à petit feu dans cet hémicycle béni sur lequel ses apôtres ont mis la main. Aujourd'hui, dans ce foyer de la légitimité, le chat noir règne en maître incontesté depuis que la providence lui a offert le concours inespéré d'une nouvelle faction qui s'est dit déterminée à se sacrifier pour sauvegarder la légitimité populaire.
Les Ayyadi, les Badi, les Abbou, les Hmila et bien d'autres êtres de cet acabit sont là pour contrer les menées sournoises de la contre-révolution et barrer la route aux caciques de la dictature déchue. Pour ce faire, Tahar Hmila, qui a roulé sa bosse un peu partout, parlant au nom de tous les croisés, rappelle à qui voudrait bien l'entendre que l'ANC ne cèderait jamais au chantage et demeurerait, bon gré mal gré, le seul maître à bord ou, ce qui revient strictement au même, le bras armé du chat noir, occupé ailleurs. Ce dernier, confiant dans ses sbires, passe son temps à concocter des projets révolutionnaires qui métamorphoseraient le paysage tunisien.
En plus de son projet de rétablir les awqafs, le chat noir nahdhaoui s'est dit, tout content de ses exploits, qu'il ne serait pas mauvais d'implanter quantité de facultés de médecine dans ces régions perdues où plus aucun instituteur n'accepte d'exercer. Cela réconforterait les désespérés qui, n'ayant plus rien à perdre, risqueraient de lui sauter, d'un moment à l'autre, à la gorge. Il serait contraint de recourir à la chevrotine et d'augmenter ainsi le nombre des borgnes qu'il a réalisés – ce fut là l'un de ses meilleurs exploits de l'année précédente – à Siliana. Peut-être serait-il obligé de refroidir une autre grande gueule. Un troisième attentat ne serait pas à exclure a déclaré dernièrement le chat noir par la voix inspirée de son capitaine de navire.
Voilà qui donnerait à réfléchir aux chiens enragés qui s'acharnent contre lui, décuplerait le désespoir de ses interlocuteurs et laisseraient du temps, beaucoup de temps, aux fossoyeurs qui, au nom d'une Troïka qui n'existe qu'aux regards des imbéciles, continue l'œuvre révolutionnaire que le chat s'est fait un devoir d'implanter dans la cité d'Hannibal. Il est temps en effet que le général carthaginois cède sa place au général musulman Okba Ibn Nafi'. Voilà pourquoi le chien noir nahdaoui est déterminé de ne céder son sceptre à personne.
Ma mère, fascinée par mes propos cabalistiques, m'a considéré d'un regard inquiet et, surmontant enfin sa stupeur, s'est exclamée : Allah Yahdina ‘Ala B'adhna !


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