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La Médina de Tunis face à l'horreur architecturale des constructions anarchiques
Publié dans Business News le 24 - 12 - 2010

La Médina de Tunis évolue à deux vitesses. Certains de ses quartiers font l'objet de restauration, de grande attention et commencent à retrouver leur splendeur d'antan : restaurants huppés, ruelles propres et bien éclairées, demeures rénovées obéissant à un style architectural authentique et bien défini, etc. Le cachet architectural tunisois est sauvegardé !
D'autres quartiers sont cependant délaissés et les résidents y font ce qu'ils veulent : constructions anarchiques, maisons traditionnelles qui se transforment en R+1 ou R+2 sans aucune autorisation et, pire, dans un style qui ferait rougir de honte n'importe quel étudiant en architecture. Ces « berlingots » verticaux, d'une extrême laideur, défigurent la Médina et font rager les Tunisois ayant connu ces ruelles par le passé.
L'adage dit : quand le bâtiment va, tout va. Et c'est le cas de le dire chez nous. Un heureux constat qui dure depuis plusieurs années faisant de la Tunisie un des pays où le nombre de propriétaires de leurs logements est très élevé avec un taux atteignant les 80%.
Selon les derniers chiffres, le nombre des logements est passé à 2.887.000 en 2009 contre 2.500.000 en 2004, soit une hausse de 2,91%, sachant que le nombre de logements n'ayant qu'une seule pièce a baissé pour se situer à 3,6%, toujours en 2009, alors que celui de logements composés de 3 pièces représente 46% du total des habitations.
Les prévisions pour le quinquennat tablent sur la construction de 300 mille nouveaux logements, faisant accroître le taux de familles tunisiennes propriétaires de leur logement à 90% en 2014, sans oublier que près de 70 mille bâtiments seront érigés, durant la même période, selon les critères d'efficacité énergétique.
Il s'agit là d'aspects bien positifs, mais cette course folle au « chez soi » entraîne certains dépassements difficiles à contrôler et à maîtriser étant donné leur nombre, de plus en plus croissant, et sans parler des cas sociaux qu'ils entraînent.
Les exemples les plus frappants sont, bien évidemment, ceux des constructions anarchiques qui voient le jour, presque quotidiennement, dans les quartiers dits populaires. Même si dans les cités huppées, le phénomène existe sous d'autres formes avec des litiges entre les voisins.
Les raisons sont les extensions non autorisées, le non respect des distances entre les deux bâtisses, l'ouverture de fenêtres supplémentaires, l'ajout d'un garage ou d'une petite cuisine ou encore le forage d'une piscine.
Or, là où le bât blesse, c'est le cas des vieux quartiers de la Médina de Tunis. En effet, si dans les artères « huppées » de cette Médina, dont notamment les rues de Tourbet El Bey, la rue du Pacha et les rues avoisinantes ainsi que les souks, la loi est, généralement bien respectée, il est tout autrement ailleurs.
Plus encore, on assiste à des opérations de rénovation et de restauration des grandes demeures, assimilables à de vrais palais, et qui sont transformées en restaurants de haut standing ou en espaces de loisirs.
Toutefois, un petit tour dans les ruelles et les impasses de certains quartiers, notamment à Bab Jedid, Bab El Fella, Sidi Mansour, El Hajjamine et autres artères environnantes, nous laisse perplexe quant à la « métamorphose » négative subie par les lieux.
Comment peut-on permettre à des maisons, style arabe (avec patio) de se transformer, carrément, en petits immeubles de R + 1, voire R + 2 ? Comment permettre des extensions dans une impasse large d'à peine 1 mètre ?
Au lieu de procéder à des réparations salvatrices, aussi bien des sols que des toits, les propriétaires de ces maisons préfèrent les extensions verticales pour faire loger le maximum de membres de la famille ou bien pour les louer à la pièce et au prix fort.
En effet, la plupart de ces maisons souffrent, déjà, de défaillances et d'anomalies. On citera, d'abord, un niveau très bas du sol par rapport à l'extérieur, ce qui engendre une montée des eaux usées chaque fois qu'il y a des pluies plus ou moins fortes. Lorsqu'il s'agit de pluies torrentielles, c'est un véritable drame !
Les toits de ces maisons sont faits de gravats et de poutres qui ne supporteraient pas la construction d'un ou deux niveaux supplémentaires.
Et les questions qui s'imposent sont : ces extensions anarchiques, souvent sans autorisation préalable, obéissent-elles aux normes de sécurité en vigueur ? Existe-t-il un avis d'architecte et d'un ingénieur en béton ?
Et les autorités municipales dans tout cela ? Et bien, dans la plupart des cas, pour ne pas dire toujours, les services municipaux sont les derniers à le savoir pour la simple raison que les « contrevenants » font des arrangements avec leurs voisins selon la fameuse formule : « une fois c'est vous ; une autre, c'est nous » !
Et quand la municipalité est mise au courant, c'est trop tard pour agir, le cas étant devenu plutôt social. Et dire que pour changer l'emplacement d'une porte ou d'une fenêtre, cela nécessite une étude et une autorisation spéciale des services concernés de l'Association de la sauvegarde de la médina et de l'Institut national du patrimoine.
Il faut avouer que les agents municipaux se rendent très rarement, pour ne pas dire « jamais », dans ces quartiers pour des rondes de contrôle, même de routine. Du coup, ce sont les riverains qui y « font la loi ».
La faute incomberait, également, aux propriétaires de ces habitations qui les ont délaissées pour aller s'installer dans les nouveaux quartiers modernes avoisinant Tunis. Du coup, les locataires ou les nouveaux propriétaires, qui ne sont pas conscients de la vraie valeur du « trésor » en leur possession, se comportent en « commerçants » et en petits « businessmen ».
Le résultat ne s'est pas fait attendre. Des maisons laides sous formes de « conteneurs » sans la moindre garantie en matière de critères et de normes de sécurité et absence totale de toute considération esthétique. Et on n'insistera jamais sur ce phénomène d'une Médina à deux vitesses, dû à un intérêt marqué pour l'une et un désintérêt poussé pour l'autre. Noureddine HLAOUI


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