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El Mourouj : Oui aux kiosques, non aux bicoques
La Presse Eté - REPORTAGE
Publié dans La Presse de Tunisie le 14 - 08 - 2010


• Urgente révision des autorisations saisonnières
L'absence de vision prospective de l'évolution des cités a donné naissance à des villes chaotiques, dont la dimension esthétique que n'intègrent pas les caractéristiques opérationnelles. Le phénomène des kiosques fait rage dans ce genre d'agglomération. Reportage.
Ils sont partout. Implantés au bout des rues, aux intersections des carrefours, dans les quartiers à grande population ou encore dans les parcs de plaisance, les kiosques à journaux et tabac nous facilitent la vie. Ils sont généralement plus accessibles que les autres commerces car plus proches et plus nombreux. Ils sont disponibles même durant les heures assez tardives alors que les épiciers du coin ou encore les supermarchés ont baissé leurs rideaux depuis bien des heures. Qui d'entre nous n'a pas eu besoin d'un bouteille d'eau minérale à onze heures du soir ? Qui, parmi les fumeurs, ne s'est pas trouvé contraint, par manque, à chercher un paquet de cigarettes durant les siestes caniculaires ou encore à deux heures du matin ? Qui n'a pas réussi à freiner les envies gourmandes de son enfant qui tient à avoir une glace même aux moments inopportuns ? Les kiosques à journaux, tabac, boissons fraîches, fruits secs et confiseries sont là, dispos, quelle que soit l'heure.
Ce commerce, aussi secondaire qu'il puisse paraître, a, depuis toujours, démontré son utilité. Jadis, ces petits commerces étaient réduits à des bicoques en métal, faites suivant des modèles incompréhensibles. Les «fonds» de commerce des marchands de journaux et de tabac dénotaient beaucoup plus une situation misérable qu'une activité rentable. Vers les années 90, ces kiosques ont connu une révolution architecturale, menée et confirmée par les parties concernées. Dans la banlieue nord de Tunis, notamment à La Marsa, tous les kiosques obéissent à un modèle architectural bien précis. Petits mais assez grands pour contenir tous les articles mis en vente, y compris les stocks de bouteilles d'eau minérale et de boissons, les kiosques relookés se présentent désormais comme étant conformes aux normes de l'esthétique urbaine de cette splendide ville. La «révolution des kiosques» concerne, également, bon nombre de villes et de zones urbaines. El Mourouj, en revanche, tente tant bien que mal de s'imposer et de convertir ces petits commerces en des locaux standardisés, unifiés de par leur architecture et à même de contribuer à l'embellissement de la ville. Au moment où des kiosques sont bâtis, empreints de couleurs agréables de cette zone urbaine, d'autres, anarchiques voire primaires — et dans l'incapacité de se relooker —, continuent à faire partie du paysage.
Il est 10 h30 en ce jeudi 29 juillet. Malgré une brise assez tiède, la chaleur rend las tous ceux qui sont contraints à descendre dans la rue. La zone d'El Mourouj vit au rythme quotidien d'un été lunatique. Sur l'avenue des Martyrs, située entre El Mourouj 2 et 3, un nombre important d'échoppes proposant fruits secs, tabac et autres produits de grignotage sont alignés les uns près des autres. L'on ne peut aucunement avoir du mal à effectuer ses petites courses. Parallèlement, quelques nouveaux kiosques sont implantés sur la droite et sur la gauche de ladite avenue. Tous de crème et de rose pâle peints, ils consistent en de petites bâtisses d'une superficie fixée à deux mètres carrés. Férid Aâbidi a 32 ans. Il travaille dans l'un de ces nouveaux kiosques depuis près d'un an. «Je me souviens des instructions de la municipalité en ce qui concerne l'instauration du kiosque. Pour eux, la seule chose vraiment importante n'est autre que le respect de l'hygiène. Il est impératif que le local soit propre et n'altère point l'esthétique du paysage. Comme vous voyez, il s'agit d'une avenue principale; il est donc inadmissible que les kiosques soient en dessous des normes requises», indique Férid.
Deux critères : l'hygiène et la superficie
A quelques centaines de mètres du kiosque de Férid se trouve celui qu'occupe Mohamed Dridi. Situé au coin d'une rue mais toujours sur l'avenue principale, le kiosque est tout aussi spacieux et aussi bien organisé que le précédent. Selon Mohamed, la construction du kiosque remonte à, à peine, une année. «Nous avons demandé l'autorisation de construire ce kiosque et nous l'avons obtenue. Certes, il nous a coûté une bonne somme mais cela valait bien la peine», nous confie-t-il. A voir les deux kiosques, l'on se croirait face à la concrétisation d'une règle bien stricte, celle de standardiser ces petits locaux de commerce en un modèle unique : des façades garnies de carreaux de couleur crème et d'autres, de couleur rose pâle, un petit guichet de service ainsi qu'un autre plus grand, pour étaler les journaux et servir facilement des stocks d'eau minérale; voilà en somme le «portrait» général de chaque kiosque. Curieusement, et à priori, il n'en est rien. Férid tout comme Mohamed confirment que le choix de la décoration aussi bien intérieur qu'extérieur revient exclusivement aux marchands eux-mêmes. «C'est bien notre propre choix. La partie concernée n'est regardante que sur l'aspect de l'hygiène», indique Férid. Un avis que partage Mohamed. Si le hasard fait bien les choses, il s'avère bénéfique pour une zone urbaine reconnue comme agréable à vivre. Le hasard ou tout simplement la manie qu'ont certain d'imiter leurs semblables. «Quel joli kiosque… Tiens, je ferais exactement pareil ! », diraient certains. Tant mieux donc pour l'esthétique urbaine d'El Mourouj.
Aucun critère donc relatif à la décoration extérieure des nouveaux kiosques, aucune règle à respecter et aucune norme cernant l'emplacement de ces petits locaux de commerce. «Le cahier des charges ne mentionne aucune réglementation par rapport à l'emplacement des kiosques», indique Mohamed, certain de ce qu'il avance.
L'esthétique urbaine de l'avenue principale liant El Mourouj 2 et 3 en sort indemne. Les nouveaux kiosques à journaux et tabac s'avèrent aussi bien propres que présentables. D'autant plus qu'ils sont assez spacieux pour contenir les stocks de boissons. Les commerçants n'ont, ainsi, aucun prétexte pour exposer les bouteilles d'eau minérale en plein soleil. Détenant leurs autorisations de construction et de pratique du commerce, les marchands travaillent en toute garantie. Toutefois, la vie n'est pas rose pour bon nombre de marchands de journaux qui continuent, dans la même localité d'El Mourouj, à travailler dans l'incertitude et la continuelle menace de voir leur commerce éradiqué et leur gagne-pain interrompu.
Kiosques anarchiques, gagne-pain incertain
Direction El Mourouj 1, plus précisément au parc de loisirs Miami. Entouré d'agréables espaces verts, ce lieu constitue l'une des bouffées d'oxygène pour les familles habitant cette zone. Mais là, et en dépit de l'effort fourni par les particuliers, il y a bien un hic : celui des kiosques. A vrai dire, ces derniers nous font remonter dans le temps pour nous renvoyer à une époque où l'esthétique urbaine était considérée comme le dernier des soucis de la société. Sabri Ben Amara, un père de famille, y occupe un kiosque anarchique depuis cinq années. Depuis cinq ans, Sabri renouvelle régulièrement une autorisation temporaire, saisonnière, lui permettant de travailler sur une période de six mois. Notre marchand de tabac propose, en outre, des jouets bon marché et de l'eau minérale. Le kiosque ressemble à tout sauf à un kiosque.
«J'ai vivement sollicité l'autorisation pour bâtir un kiosque présentable mais en vain. La partie concernée refuse de répondre positivement à nos demandes. En fait, nous sommes six marchands terrorisés par l'autorisation provisoire. Notre gagne-pain peut être interrompu à tout moment», indique-t-il amèrement. Il ajoute : «A chaque fois que nous insistons pour obtenir une autorisation de construction, l'on n'hésite pas à nous insinuer que nous pouvons être expulsés à n'importe quel moment».
Illogique et touffue de contradictions, cette autorisation saisonnière mais renouvelable interdit aux marchands de mettre en place une cabane métallique. En effet, les marchands n'ont — théoriquement — droit qu'à un parasol. Toutefois, ils ont la possibilité de vendre de l'eau minérale. La question qui s'impose : la capacité de protection d'un parasol peut-elle suffire pour protéger les stocks d'eau minérale du soleil ? Un parasol est-il capable de protéger le marchand de la pluie et du froid durant la saison hivernale ? La réponse est évidemment négative. Dans ce cas, pourquoi procède-t-on au renouvellement de l'autorisation même en hiver ?
Autre point important : faute d'autorisation «fiable» et durable, Sabri se trouve dans l'incapacité d'introduire l'électricité. «C'est le propriétaire du café qui m'a épaulé pour me permettre de travailler la nuit et de garantir la réfrigération de l'eau minérale», fait remarquer notre interlocuteur.
Les kiosques environnant celui de Sabri sont loin de refléter le luxe. Tous construits d'une manière rudimentaire, avec même les moyens du bord.
Karim Zidi a 25 printemps. Ce jeune homme plein de volonté et d'enthousiasme prend du plaisir à occuper un kiosque qu'il a construit petit à petit. Tout a commencé en 2007. Karim a entamé son activité par un petit étal de cigarettes. Peu à peu, son commerce a pris de l'ampleur. Aujourd'hui, il s'amuse à garnir son kiosque de motif et de couleurs «in». Karim se plaît dans ce métier qu'il exerce depuis trois ans. Il garde le sourire. Un sourire sincère malgré les conditions «douteuses». «En fait, je n'ai aucune autorisation pour installer mon kiosque, pas même une autorisation saisonnière. Pourtant, j'ai tout essayé. J'ai supplié la partie concernée pour me permettre de construire un kiosque moderne, présentable et plus spacieux mais en vain. Je garde tout de même l'espoir et je rêve toujours d'un kiosque bâti sur ce même endroit», nous confie-t-il non sans optimisme.


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