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A quand la République de l'ingénieur ? (2e partie)
Publié dans La Presse de Tunisie le 23 - 09 - 2011


Par Chokri ASLOUJE
On (littéraires et juristes) reproche aux ingénieurs d'avoir une structure intellectuelle trop cartésienne (logique et rigide) et que cette façon de penser se prête mal pour gérer le facteur humain et ne s'adapte point à la politique, peu rationnelle et même tordue surtout dans les contrées sous-développées et argumentent ainsi pour marginaliser l'ingénieur et l'écarter des positions de responsabilités qu'il devrait légitimement occuper. Faut-il alors se demander s'il serait plus judicieux pour faire évoluer le pays d'asservir un esprit critique et bien structuré à une réalité pleine de contradictions et de contrariétés ou c'est l'inverse qu'on devrait asseoir. On reproche également à l'ingénieur de ne pas s'engager politiquement et d'avoir une attitude quasi autiste surtout lors de son passage à l'université, où les carrières politiques se dessinent. Il est vrai que les études d'ingéniorat attisent les convoitises des têtes les plus brillantes parmi nos bacheliers et que ces études selon le cursus école, sont si dures et que la concurrence est si ardue, pour laisser aux élèves-ingénieurs, ambitieux de nature et déterminés à réussir avec brio comme ils en sont habitués, du souffle pour s'adonner aux activités politiques éprouvantes, chose tout à fait possible pour d'autres étudiants qui suivent d'autres spécialités selon un cursus universitaire.
Une fois le parcours du combattant accompli et les études réussies, l'ingénieur se retrouve dans une réalité, qui, le moins qu'on puisse dire, est difficile à digérer. L'ingénieur intègre en général des entreprises où l'ouvrier syndicalisé fait la loi avec des statuts, des structures, des rapports de force et des mentalités sclérosées et fossilisées depuis l'ère socialiste du pays et où la culture de l'entreprise est placée aujourd'hui encore sous le signe de la dictature du prolétariat et de la lutte des classes ! Il se voit confronté aux agressions verbales et même physiques, aux mesures disciplinaires, aux traitements pénalisants et dégradants et à toutes sortes d'injustices tout seul et sans avoir de recours réel pour se défendre. L'ingénieur ne comprend alors plus le monde. Il est profondément déçu du sort qu'on lui réserve et de voir ses rêves d'un métier de prestige se fracasser, il se replie alors sur lui-même, se réfugie dans l'indifférence et s'efface de la scène. Je me rappelle en débarquant comme jeune ingénieur, fraîchement diplômé d'une grande école étrangère, d'un collègue ayant pour seule qualification un certificat d'aptitude professionnelle, qui, suite à un différend sur un problème technique, a pris un air savant en affichant un sourire hautain en me disant : «Ecoute fiston, tu peux oublier ce que tu as appris à l'université, c'est de la théorie qui ne vaut rien, il n'y a que la pratique qui vaut quelque chose dans cette entreprise !» Le cours des événements a bien voulu lui donner raison, il fut promu quelques années plus tard chef de la maintenance d'une entreprise nationale de premier rang et se vantait en public d'être le patron de plusieurs ingénieurs se plaignant par la même occasion que ses ingénieurs sont des abrutis et qu'ils ne comprenaient pas grand-chose. Un autre détail piquant que je tiens à vous relater. Plusieurs années auparavant la même personne, un (Bac – X) a donné un avis défavorable pour le recrutement d'un docteur ingénieur, diplômé d'une école française après l'avoir chargé de l'encadrer durant une période probatoire d'une année ! Pour comparer le comparable, je vous prie de solliciter votre imagination pour un moment et imaginer qu'un secrétaire-greffier soit nommé président d'un tribunal et qu'il aura à diriger des magistrats et à juger des compétences des professeurs universitaires en droit et de leurs aptitudes à expertiser des questions d'ordre juridique et même de les déclarer incompétents ! Grotesque n'est-ce pas ? Le monde des juristes entrerait en ébullition et crierait haut et fort au scandale, mais pas dans le monde des ingénieurs, car ce genre d'absurdités, comme tant d'autres, relèvent du quotidien!
Dans cet imbroglio désastreux dans lequel l'ingénieur ne joue souvent qu'un rôle subalterne et ce même dans l'industrie, qui devrait être normalement son domaine de prédilection, des entreprises industrielles mal gérées par des responsables nommés au gré des calculs politiques, de la corruption et du clientélisme et sans réelle compétence ont été conduites à leur ruine et dilapidées par la suite. Les chantiers navals de Menzel Bourguiba, l'ancien arsenal, hérité de l'époque coloniale et qui aurait bien pu constituer le noyau dur pour développer un pôle industriel majeur en Tunisie, n'est qu'un triste exemple d'une longue liste d'entreprises publiques qui ont ou vont expirer.
La Tunisie a besoin dans la prochaine étape davantage de ceux qui construisent, créent, produisent, développent, inventent, conçoivent, améliorent, organisent, optimisent, modernisent que de ceux qui ne font que parler, polémiquer et commander par la force de la matraque ou par la force des paragraphes. Par conséquent, la Tunisie a besoin de toutes les forces vives productives et surtout de ses ingénieurs qui ne doivent plus s'effacer et céder la place aux professionnels de la parlote. Dorénavant chacun devra être apprécié par son utilité réelle et par son mérite pour la patrie et non par ses capacités de manigance ni par la hauteur de sa nuisance sonore ou la brutalité de sa nuisance tout court. Les plus utiles pour le peuple doivent prendre en main ses destinées et dans ce cas et si les règles du jeu sont honnêtes et équitables, les ingénieurs auront une place de choix dans la direction du développement de la Tunisie nouvelle, qui serait alors peut-être aussi la République de l'ingénieur.
Cet article n'est guère un plaidoyer pour le fanatisme corporatiste comme on le voit de nos jours partout et sous maintes facettes, ni un parti pris pour les ingénieurs contre le reste du monde mais plutôt un appel à remonter les aiguilles de l'Histoire et ne plus continuer à marginaliser, à neutraliser et à écarter une grande richesse en matière grise, qui est indispensable dans la construction du pays. Je suis tout à fait conscient qu'il faut de tout pour faire un monde, mais j'ajouterai aussi qu'il faut mettre les bons ingrédients dans les bonnes proportions pour ne pas avoir un monde pervers voué à sa perte. Je pense qu'on n'a pas besoin de beaucoup de jugeote après tant d'années de gâchis et surtout compte tenu de la situation désastreuse à tous les niveaux dans laquelle le pays se trouve actuellement pour comprendre que l'ancienne formule avec les ingrédients connus n'a pas donné satisfaction.
Les ingénieurs devraient se ressaisir et saisir la chance unique que la révolution du peuple tunisien leur a offerte, car il n'y en aura pas une deuxième de sitôt. Pour ne pas être damnés par l'avenir, ils sont appelés plus que jamais à resserrer les rangs et à entamer une réflexion profonde et sérieuse et une discussion ouverte et honnête qui conduiraient dans les meilleurs délais à la refonte de leur organisation. L'Ordre des ingénieurs, de l'avis de la majorité écrasante des ingénieurs, est appelé à se doter impérativement d'une dimension syndicale. Il est appelé aussi à redéfinir le rôle de l'ingénieur dans la société, dans l'économie et dans l'Etat pour permettre à l'ingénieur de prendre enfin une place de choix dans la reconstruction de la patrie, qui serait digne de l'un des corps de métier les plus utiles au développement du pays et qui regroupe dans ses rangs les meilleures têtes du peuple. Rester à l'écart des bouleversements historiques que connaît notre pays serait presque criminel et relèverait de la non-assistance à la patrie en danger.


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