Par Habib BOUSSAADIA J'ai lu par curiosité et sans grand intérêt votre livre Ma vérité et mon impression est que : 1 - Votre sens de la vérité me paraît rétréci car votre «vérité» se résume en fait à des démentis sur toutes les informations qui circulaient concernant votre style de vie ou votre influence néfaste sur un président passé maître dans le machiavélisme politique. Votre souci de répondre implique une part de vérité quelque part concernant ces rumeurs. Ensuite vous prenez un malin plaisir à régler leurs comptes à vos ennemis jurés (K. Eltaïf et Tarhouni), ce qui vous fait sortir du cadre légal de votre vérité à vous, si jamais vous en avez ! 2 - Vous essayez de vous présenter comme une femme discrètement pieuse; c'est tant mieux pour vous et «bien vu» au peuple tunisien de vous avoir expédiée vers le pays considéré comme le berceau de l'Islam: là vous allez exercer sereinement votre culte et votre ferveur. 3 - Vous semblez malheureuse à cause de ce qui est arrivé le 14 janvier 2011 à votre famille. J'en suis vraiment désolé, mais comme vous le savez, la révolution c'est la révolution : les gens du sommet tombent et s'effondrent comme un château de cartes et dans le désordre qui suit, ils peuvent être piétinés ! Personnellement, je m'attendais de votre part plutôt à des excuses sincères sur les confiscations et les expropriations illégales effectuées par votre vénérable famille sous le regard attendri de M. et Mme la présidente : genre on était aigris par le pouvoir et donc incapables de saisir le mal qu'on faisait subir au peuple; et maintenant qu'on a été dessaisis du pouvoir, on se rend compte du mal qu'on a fait à notre peuple. 4 - Enfin et surtout vous escamotez volontairement dans votre «vérité» les cas entre autres de deux génies (votre frère Belhassen et votre gendre Sakhr) qui se sont enrichis de manière insolente pendant votre règne comme première dame de Tunisie. Sont-ils des magiciens de la finance ? Ont-ils un génie créateur exceptionnel qui leur a ouvert les portes de la richesse illimitée ? Ont-ils découvert un puits de pétrole sous les fondations de leur propriété? Surtout comment vivent-ils, maintenant qu'ils n'ont plus de rente viagère ? Vous n'en parlez pas, est-ce par pudeur ? Ont-ils de quoi vivre au moins ? Quoi qu'il en soit, je dois vous avouer qu'on n'a pas beaucoup pleuré votre départ et après avoir subi les assauts désespérés des milices de votre régime déchu, après avoir tangué sans répit pendant des mois, on vient juste de se mettre debout avec l'élection d'une Assemblée constituante (octobre 2011) tandis qu'une coalition gouvernementale gère le pays depuis 2012. Là encore, je dois vous avouer que ce n'est pas la joie car bizarrement il y a beaucoup de similitudes avec la gouvernance «Ben Ali» avec ses contradictions, sa dissimulation grossière des dérapages politiques et la duplicité manifeste entre ce qu'on dit et ce qu'on fait. Ainsi on relèvera que : 1 - La Troïka est dominée de bout en bout par Ennahdha comme le RCD du temps de «Ben Ali» qui commandait les autres formations politiques conçues et tolérées au nom d'une pseudo-démocratie! C'est Ennahdha qui séduit l'électorat proposant de l'argent pour les démunis, et c'est encore Ennahdha qui essaie tant bien que mal de conquérir les postes-clés dans l'administration pour faciliter une réélection dont elle connaît les tenants et les aboutissants ! 2 - Avant c'était «Ben Ali» qui accaparait le pouvoir absolu; maintenant on a 3 présidents (constituante, gouvernement et Carthage) sans valeur, sans droit et sans aura, car leurs prérogatives ont été happées par un gourou passé maître dans l'art de gérer par télécommande ! Interviews, déclarations tonitruantes, présence au premier plan lors des cérémonies officielles : avec tout ça, il se défend d'interférer dans les affaires du pays ! 3 - Les caisses de l'Etat sont vides après votre départ (merci Madame la présidente déchue) et le gouvernement actuel dans un souci de sobriété a composé une équipe de 80 membres (ministres et conseillers inclus) : pour un gouvernement qui prône l'austérité, l'exemple n'est pas à suivre. Mieux encore, on nous a flanqué un ministère de la Justice et un ministère des Droits de l'Homme : quand le Premier ministre d'un pays ami a demandé l'asile politique, on l'a renvoyé chez lui en catimini, oubliant au passage que c'est grâce au respect des droits des réfugiés que nos gouverneurs actuels ont pu profiter de la générosité et de l'hospitalité de pays comme l'Angleterre. A Ennahdha, ignore-t-on que l'Islam a déjà statué sur le sort des réfugiés ou applique-t-on les préceptes selon les intérêts politiques de leurs cadres? 4- Si vous mettez ensemble les maladresses des cadres d'Ennahdha, leurs discours plus volontiers insipides qu'éclairés, vous comprendrez facilement pourquoi G.W. Bush a voulu imposer la démocratie au monde arabe : selon ses gourous, ces extrémistes musulmans qui nous empoisonnent la vie en Occident sont bannis chez eux par des régimes autoritaires ; si on instaure la démocratie dans le monde arabe, ils pourront rentrer chez eux pour exercer leurs aberrations. Le résultat est là ! Notre révolution a été déviée de ses objectifs et happée par les islamistes qui, en virtuoses de la captation d'héritage, prétendent incarner les idéaux d'une insurrection déclenchée par d'autres. Bien plus, notre «Cheikh» nous sermonne quand on évoque les salafistes qui veulent nous imposer par la violence leur vision rétrécie de l'Islam ! En définitive, je tiens à vous rassurer, chère présidente déchue, qu'aux prochaines élections législatives, si Ennahdha ne triche pas, on va la remercier pour insuffisance de résultats ; et c'est là que réside la différence fondamentale avec le régime de votre époux : actuellement on peut, par les urnes, choisir ceux qui nous gouvernent par un vote sanction ou vote approbation !