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«Nul ne peut s'élever contre le droit à la création! »
L'entretien du lundi : Abdelaziz Meherzi (homme de théâtre)
Publié dans La Presse de Tunisie le 31 - 12 - 2012

Mais non, on ne va tout de même pas, dans cette introduction, présenter Abdelaziz Meherzi. Après une si longue carrière, l'homme se passe de toute présentation. Mais juste pour rappeler qu'il a intégré le Théâtre de la Ville de Tunis (TVT) en 1969, et qu'à ce jour, il compte à son actif un nombre impressionnant de rôles en tant que comédien, qu'il a monté de nombreuses pièces de théâtre, et qu'il a remporté plusieurs prix en tant que comédien et metteur en scène.
Quel bilan feriez-vous, vous-même, de votre parcours ?
Je pense que c'est un parcours globalement positif, j'ai essayé de contribuer au développement de l'activité théâtrale. Certes, on n'est jamais entièrement satisfait, mais j'estime avoir eu ma petite part de contribution.
D'après vous, qu'avez-vous donné au théâtre, et que vous a-t-il donné, lui ?
C'est plutôt lui qui m'a beaucoup donné ; d'abord la possibilité de m'exprimer, d'exercer mon art comme je l'entendais, le voulais ; je lui suis donc redevable de tout ce qu'il m'a offert. A mon avis, il ne faudrait pas s'attendre à ce que l'art vous donne quelque chose, à la limite, il vous donne l'amour des gens, il vous permet d'accéder au stade d'artiste, de créateur. Cela dit, je lui ai donné, tout de même, ma jeunesse et mon temps. Il n'empêche : je reste toujours débiteur par rapport à tout ce qu'il m'a donné.
Pourtant, à une certaine période de votre parcours, vous paraissiez assez déçu...
C'est une chose commune à tous les créateurs, on passe toujours par le creux de la vague, il y a toujours des contraintes, des problèmes qui surgissent quelque part. La vie d'artiste n'est pas linéaire, il y a des moments de bonheur et d'extase, d'autres de déception, sinon de malheur. Il s'agit donc de faire, de composer avec. Et puis, c'est vrai, j'ai passé par des moments où j'étais même sur le point d'abandonner la partie, de lâcher prise.
Cela veut dire que, par moments, la scène artistique n'a pas reconnu vos mérites, c'est ça ?
Non, la scène m'a tout donné, ce sont les rouages administratifs qui, parfois, vous mettent les bâtons dans les roues, essayent de vous arrêter, vous briser, pour une raison ou une autre. J'étais membre de la TVT pendant des années et on a eu des responsables qui croyaient en l'art, qui nous ont beaucoup aidés et encouragés ; mais il y a eu d'autres qui nous ont rendu la vie difficile, qui ont même tenté de dissoudre cette institution qui est la mémoire du théâtre tunisien. N'oublions pas que la Troupe est née avant l'indépendance, soit en 1954. On est donc passé par des moments difficiles, car on ne pouvait pas voir gommer toute une histoire. C'étaient de véritables problèmes, indépendamment des statuts qui n'en étaient pas mais de simples décrets municipaux régissant la Troupe. C'est donc parmi les raisons qui m'ont poussé à un moment donné d'abandonner le théâtre. On a beau se prévaloir d'une carapace à supporter mille et une choses, quand certains individus essayent de peser de tout leur poids sur la création elle-même, on a envie de partir, c'est clair.
Mais il n'y a pas que cela, en fait. Nous avons en Tunisie un problème d'espace et d'équipements. Faire un cycle de représentations en trois ou quatre reprises n'est pas suffisant pour faire vivre toute une équipe. Par ailleurs, le citoyen, où qu'il soit, a tout de même le droit à voir des pièces de théâtre. En somme, il y a un tas de problèmes qui ne permettent pas de rêver, ni sur le plan financier ni sur le plan proprement théâtral, de présenter des spectacles dans les règles de l'art par manque d'équipements. Le théâtre est un métier difficile dans un pays comme le nôtre et pratiquement dans tous les pays du tiers-monde.
Vous dites que certains auraient tenté de dissoudre la Troupe. Pourquoi ?
C'est simple : quand on ne croit pas à l'art, le mieux serait de se débarrasser d'une troupe et de faire autre chose à la place. Il est certain que le ministère de la Culture subventionne les compagnies théâtrales, il n'y a rien à redire; mais la municipalité est une tout autre chose. Par exemple, du temps de Aly Ben Ayed, il y avait 32 comédiens, à part les pigistes. C'était nécessaire pour certaines pièces de grande envergure comme Mourad III, Hamlet, Mesure pour mesure... L'Etat et la municipalité subventionnaient correctement la TVT et c'est ce qui a de permis à la Troupe de présenter ses œuvres aux grands festivals mondiaux, et ce, grâce, entre autres, à de vrais costumes, à une belle scénographie, à la qualité du produit. Malheureusement, la négligence de l'ensemble de ces facteurs a, petit à petit, réduit le théâtre à sa plus simple expression. A l'époque de Ben Ayed, la subvention était de 36 MD. Or, depuis quelques années, sans l'apport du ministère, la Troupe aurait coulé. Ce soutien dure à ce jour et je rends hommage à tous les ministres qui se sont succédé et ont rendu ce service inestimable à la Troupe. C'est un combat que je mène encore bien que je sois à la retraite, et j'appelle toutes les forces vives du pays à faire de même pour préserver cet acquis que nous ont légué les fondateurs de la TVT.
Durant de longues années, vous étiez pratiquement le seul à écrire pour la TVT...
Non, je n'étais pas le seul. Mais il est vrai que je ne pouvais mettre en scène que mes propres textes, ceux que je sentais le mieux. Le seul texte qui n'était pas le mien mais adapté par Béchir Drissi, c'était La savetière prodigieuse de Frederico Garcia Lorca, présenté à l'ouverture du Festival de Carthage en 1975. Je cite encore la reprise du Maréchal qu'on doit à Noureddine Qasbaoui et que j'ai monté très volontiers.
Tout au long de votre carrière, vous avez beaucoup privilégié le vaudeville au détriment d'autres genres...
La comédie est le miroir de la vie, le vaudeville également. Mais ce n'est pas un théâtre facile, tant s'en faut. Et puis, c'est une question de tempérament et un choix artistique. Il n'empêche : j'ai fait de bons essais dans le théâtre absurde : Ionesco, Becket, etc., peut-être quatre ou cinq pièces qui n'ont rien à voir avec le vaudeville. Mais bon, si à présent on m'appelle Monsieur Vaudeville, eh bien tant mieux, j'en suis ravi ; n'oublions pas que Molière, Goldini et bien d'autres encore sont immortels, pourtant ils n'ont fait que des comédies. J'ajoute que ceux qui ont fait de l'absurde se sont inspirés de la comédie en premier lieu car c'est le support qui permet d'aller vers autre chose. C'est donc un honneur que je sois une petite référence dans ce registre.
Avec Ghouroub, vous vouliez changer de registre?
J'ai écrit Ghouroub en 2010 et j'ai parlé de la situation qui prévalait dans le pays : le chômage, le stress, etc., autant de choses qui évoquaient justement le crépuscule, comme si déjà je pressentais quelque chose. Puis, après la Révolution, j'ai écrit Chourouq, l'aube, et c'est comme si on avait tourné la page : vers la fin de la pièce, on attend un bébé, donc l'espoir.
Vous avez découvert et offert au théâtre de nouveaux talents. En êtes-vous fier aujourd'hui ?
Effectivement, j'ai déniché de nouveaux talents mais ce n'est qu'un renvoi de l'ascenseur. Quand j'ai intégré la TVT, j'avais exactement 21 ans. J'y ai a trouvé une pléiade de grands comédiens chevronnés qui m'ont aidé dans ma carrière ; je cite Hamda Tijani, Noureddine Qasbaoui, Mouna Noureddine, Wafa Salem et, évidemment, le grand Ben Ayed. Je ne puis donc oublier ces moments-là. Par conséquent, à chacune de mes créations, je fais mon possible pour impliquer de jeunes talents prometteurs. Je cite Rim Zribi, Kaouther Belhaj qui a fait une expérience avec Med Kouka avant moi mais qui n'a percé qu'avec Foundou... Oui, j'en suis fier, il y en a qui me sont restés reconnaissants, d'autres pas, mais je ne leur demande rien, c'est une satisfaction personnelle. Et puis, il faut savoir ouvrir la porte aux jeunes.
Votre passage par la Commission d'achat et de subvention a été marqué par une espèce de philanthropie, beaucoup plus qu'un regard critique des projets proposés...
Ce n'est pas vrai. A l'exception d'un seul homme de théâtre qui était de fait de condition modeste et dont nous avons volontiers subventionné le projet. Mais il n'y a pas de cas sociaux à prendre en considération, les archives sont là pour le prouver. A la limite, on prend en considération un projet auquel manque un petit quelque chose mais qui est, somme toute, faisable et réalisable, récupérable si on veut.
Cela étant, il est vrai qu'il y a trois ou quatre compagnies qui sont privilégiées et qui le méritent amplement, du reste; ce sont des valeurs sûres du théâtre tunisien et il est hors de question de remettre en question leurs travaux. Il faut savoir aussi que la Commission est composée de sept membres, pas d'une seule personne. S'il arrive donc qu'on refuse un projet, c'est simplement parce qu'il ne se tient pas, n'est pas convaincant. Par ailleurs, on a tendance à oublier que je représentais l'Union des Comédiens professionnels, et, qu'à ce titre, je ne pouvais être juge et partie à la fois. Oui, je défendais souvent certains projets, mais je ne pouvais défendre l'indéfendable.
Pour la reprise du Maréchal, vous avez hésité entre Fayçal Bezzine et le regretté Sofiène Chaâri, paraît-il...
C'est complètement faux. Sofiène Chaâri a été proposé par le maire lui-même, je ne l'ai pas choisi; et c'est Mouna Noureddine qui m'a proposé pour la réalisation. Pour ce qui est de Fayçal Bezzine, et sans le moindre dénigrement, je dirai qu'il y a peu de comédiens qui puissent tenir la scène deux heures et demie d'affilée.
Qui auriez-vous choisi alors?
Ni l'un ni l'aure, mais peut-être bien Slah Msaddak.
L'Union a ensuite évolué en syndicat, est-ce faute de moyens ?
C'est la confusion totale. Il importe de savoir que l'Union est une amicale, mais n'a pas les prérogatives d'un syndicat. Le ministère n'a jamais refusé de dialoguer avec l'Union. Je pense donc que les choses vont s'améliorer avec le nouveau bureau et que l'Union va avoir son statut en tant que telle, pas le statut de syndicat, car il y a le syndicat des arts dramatiques qui relève de l'Ugtt.
En revanche, je suis très content d'apprendre que beaucoup d'artistes viennent de créer des Associations. Là, je leur propose de se fédérer en une Ligue des Arts, car nous avons encore du pain sur la planche : nous devons nous unir pour dire à beaucoup que nous sommes là, et que personne, en aucun cas et au pire des cas, ne peut dire non à la création ou au statut d'artiste. A ces ennemis de l'art, j'aimerais dire certaines choses. Un : la subvention est un droit à la création qui doit être garanti pour tous les artistes, sachant que l'Etat est un support, non un sponsor ; deux : je tiens à rendre hommage à certains partis pour leur soutien à l'art; trois : aucun pays au monde ne peut vivre sans art et sans ses artistes.
Je vais vous dire une chose : le 13 janvier 1791, la Constitution française a établi la liberté du théâtre, et tout citoyen, sur simple demande à la municipalité, peut ouvrir une salle de spectacles et y représenter. Par contre, en Tunisie, une des premières recommandations est d'abattre les créateurs et les artistes. Mesurez vous-même le fossé qui nous sépare des pays développés !
Malgré toute cette amertume, vous avez quand même amené votre fille à faire du théâtre...
C'est elle qui l'a voulu, pas moi. Elle a été découverte par Ali Mansour et a joué avec Nja Mahdaoui il y a déjà huit ans de cela; puis, Ali Mansour l'a proposée dans Argile des montagnes. La sachant passionnée de théâtre (ce qui n'est pas le cas pour ses frères), je l'ai distribuée dans Ghouroub car, en quelque sorte, elle est exactement le personnage de la pièce, soit une fille désirant évoluer dans le monde des arts. Je ne l'ai pas parachutée ni obligée à faire du théâtre. On ne confectionne jamais un comédien, il l'est ou ne l'est pas. Or, elle a joué et convaincu, tant mieux pour elle.
Etant à la retraite, vous allez abandonner la scène?
Pas du tout. J'ai ma propre société dénommée «Théâtre et théâtres» et je compte faire une grande première de Chourouk revue et corrigée dès le mois de janvier 2013.


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