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«L'assassinat de Chokri Belaïd a fait tomber un gouvernement, il reste à savoir s'il va pousser le parti Ennahdha à faire de vraies concessions»
Dossier — Assassinat de Chokri Belaïd (Suite et Fin) - Entretien avec Hatem Mrad, politologue :
Publié dans La Presse de Tunisie le 28 - 02 - 2013

Hatem Mrad est professeur de sciences politiques à la faculté des Sciences juridiques et politiques de Tunis. Il décrypte le cumul de crises qui ont précédé et suivi l'assassinat de Chokri Belaïd et son incidence sur le paysage politique à venir.
L'assassinat de Chokri Belaïd a, sur le coup, cristallisé la colère contre le gouvernement, fragilisé la coalition au pouvoir et conduit l'opposition à serrer les rangs. Pensez-vous qu'il y aura en Tunisie un avant et un après Chokri Belaïd ?
Si changement il y a, il ne sera pas opéré sur le plan institutionnel. Les rapports entre l'Assemblée constituante, le gouvernement et le président ne changeront pas. Ils sont régis par des textes et une représentativité électorale inchangés. En revanche, le choc psychologique et émotionnel produit par l'assassinat politique de Chokri Belaïd, alors même qu'on pensait que le temps de la persécution et du meurtre est révolu, va laisser des traces dans la mémoire collective. Le choc de l'assassinat de Farhat Hached, même au temps de la colonisation, a contribué à renforcer historiquement, syndicalement et politiquement le rôle de l'Ugtt, comme acteur incontournable de la scène politique. L'assassinat de Salah Ben Youssef a nourri dans la clandestinité le courant youssefiste. De même, l'assassinat de Chokri Belaïd, après la chute récente de la dictature et une belle révolution pacifique, va émettre de grands doutes sur la moralité politique des dirigeants politiques actuels.
Quelle incidence pourra-t-il avoir sur les futurs rapports et équilibres des forces dans le pays ?
Al Jibha Echaâbia, famille politique du martyr, s'en est sortie renforcée et a engrangé des points auprès de la jeunesse et des femmes. Même si ce mouvement a déjà progressé dans les sondages d'opinion bien avant l'assassinat. L'assassinat de Chokri Belaïd a déjà politiquement fait tomber un gouvernement qui hésitait à faire des remaniements. Maintenant, il reste à savoir s'il va pousser le parti Ennahdha à faire de vraies concessions dans le sens d'une politique plus consensuelle, plus démocratique et paisible. L'assassinat de Chokri Belaïd a conduit les partis de l'opposition à se regrouper dans le cadre du Front du salut. Il a aussi revigoré la société civile, qui est aujourd'hui profondément déçue de l'expérience islamiste au pouvoir. Quand un opposant de gauche qui a montré une résistance implacable, médiatique au courant islamiste est assassiné, la population ne peut que désigner d'instinct du doigt le pouvoir islamiste lui-même. Il appartient bien sûr à l'enquête judiciaire, si elle est vraiment effectuée de manière indépendante, de rétablir la vérité. L'histoire des assassinats politiques prouve que ces actes sont bien ficelés et soigneusement entourés de secret en ce qu'ils touchent à la raison d'Etat. C'est ce qui fait qu'ils sont rarement élucidés. Les exemples sont nombreux : Ben Barka, Farhat Hached, Aldo Moro, Béchir Gemayel, Rafik Hariri... Même la justice n'est pas arrivée dans ces cas à bousculer l'ordre des choses et les résistances politiques, dans son investigation.
Comment expliquez-vous la mobilisation forte et spontanée que cet assassinat a provoquée chez les Tunisiens ?
Par la force d'identification des Tunisiens à Chokri Belaïd : pauvres, chômeurs et riches, citadins et provinciaux, hommes de gauche, libéraux, nationalistes, centristes, révolutionnaires, hommes, femmes, jeunes et vieux. Le fait même que les Tunisiens l'appellent par son nom entier veut dire beaucoup de choses. Ils ne disent pas Chokri ou Belaïd, comme on disait Bourguiba, Ghannouchi ou Ben Ali. Ils disent Chokri Belaïd, cela dénote à mon avis d'une force d'identification, surtout en cette période trouble et dans une révolution qui n'a pas eu de vrais leaders.
A partir du 6 février, les crises se sont emboîtées ; l'une ouvrant sur l'autre. Le projet de Hamadi Jebali d'un gouvernement de compétences indépendantes a échoué. Avec le recul possible aujourd'hui, quelle est votre évaluation de la prestation politique et la gestion de crises des différents protagonistes ?
Cette situation est déterminée par les rapports de force dans le pays. Le parti Ennahdha continue à gouverner comme gouvernent les majorités dans une phase ordinaire. Or on est dans une phase de transition démocratique issue d'une révolution. On est dans une phase de fondation. La majorité n'est plus dans ce cas majorité et l'opposition n'est plus tout à fait l'opposition. Et la société se considère comme l'acteur principal du pays, tant vis-à-vis de la majorité que de l'opposition. L'accord des uns et des autres est nécessaire pour avancer. Voilà où se situe la mauvaise gestion de la crise. Ennahdha pense aux prochaines élections, à l'usure de sa majorité et au pouvoir durable au moment où on est encore à la phase du pouvoir provisoire. C'est ce qui a provoqué son durcissement au pouvoir. Un vrai gouvernement de consensus ou d'union nationale, sans recours au système des quotas et où les portefeuilles régaliens sont confiés à des compétences indépendantes lui ferait perdre le pouvoir nécessaire pour son implantation dans le pays. Le parti se satisfait de quelques formations claniques. Le jour où Ennahdha pensera qu'on est en phase de transition, de fondation et non dans une phase strictement politique de lutte entre des rapports de force, on aurait atténué la crise...
Trois semaines après, et avec un nouveau chef de gouvernement, la scène politique est au point zéro. Quelle sortie de crise peut-on, cette fois, imaginer ?
La seule force politique doit être mise désormais au service de la fondation des institutions et la gestion des graves problèmes accumulés du pays. La politique est toujours nécessaire certes, mais pas la politique exclusive. C'est la politique consensuelle qui nous aurait évité la succession des crises. Le consensus n'est pas facile à réaliser. Tout comme la démocratie, il nécessite de l'apprentissage dans un pays où la majorité et l'opposition n'ont pas l'habitude du travail en commun et de la collaboration, comme en Grande-Bretagne, aux Etats-Unis ou en Belgique, mais plutôt l'habitude de la confrontation et du heurt. On demande maintenant à la classe politique d'avoir de la grandeur politique, de mettre fin à l'inquiétude très légitime ressentie par les Tunisiens. Si la majorité de la population est toujours inquiète, c'est que la classe politique et surtout la majorité ont tous échoué. Pourtant, la véritable réussite qui reste à faire c'est de préparer et de réussir les prochaines élections et d'adopter une Constitution libre, démocratique et civile.


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