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Qui a tué Farhat Hached?
Publié dans La Presse de Tunisie le 12 - 04 - 2013


Par Emna Ben Miled *
La mort de Chokri Belaïd, à laquelle succède une lenteur étrange dans la conduite du procès, réveille une blessure historique.
Il y a 61ans, un homme qui défendait la liberté a été assassiné et la vérité sur sa mort n'a jamais été révélée au peuple tunisien. Une blessure restée ouverte. Un peuple ne cicatrise pas quand il ne connaît pas la vérité. Le deuil est inachevé. Parler de l'ancien traumatisme, ne pas le garder silencieux pour mieux tourner la page ensuite. Nos gouvernants d'aujourd'hui risquent-ils de répéter les méthodes coloniales ?
A l'époque de nos gouvernants français, Aboulkacem Chebbi, le prince des poètes, chantait la liberté face au terrorisme d'Etat : O tyran oppresseur... tu t'es moqué d'un peuple... Contre l' oppression, Farhat Hached mena une double action syndicale et politique qui est connue internationalement. Sa personnalité humaine est moins connue. C'est «une force tranquille» dit son fils. C'est «un tendre» dit sa femme. « Peuple je vous aime » disait-il publiquement. Il aime l'amour sans avoir eu besoin de lire Ibn Arabi... Il reçoit des menaces de mort en provenance de la ville de Sousse, par lettres. Elles sont signées : La Main rouge. Il prend les menaces au sérieux. Cinq jours avant sa mort, Il cherche à protéger sa famille. Il cache à son épouse les menaces qu'il a reçues, tout en l'encourageant à partir s'installer dans un lieu plus sûr avec trois de leurs petits dont deux bébés. Il abrite son fils aîné, âgé de huit ans, chez un ami. Pour convaincre son épouse, il emploie l'humour.
Le voilà seul qui fait front. Le Résident général de France en Tunisie, Jean de Hautecloque, entre dans la danse de la mort. Cet homme est un colonialiste top niveau, un persécuteur. Il est arrivé chez nous avec son programme, soit nous assimiler, soit nous tuer et ne sachant pas anticiper que sa stratégie de la table rase ne prendrait pas. Il a de la haine pour notre tunisianité, et son ambition est de parvenir à nous fabriquer, par étapes, une identité d'assimilés à la France.
Néo-racisme anti-tunisien
C'est à l'image de ce que prétend faire avec nous l'actuelle invasion wahhabite de la Tunisie. Une nouvelle forme de colonialisme basée sur un racisme anti-tunisien, et qui veut faire pire que la France puisqu'elle cherche à agir 57ans après notre indépendance.
La veille de l'assassinat, Jean de Hauteclocque quitte Tunis pour Paris. Silence on tourne, pardon on tue. Le rendez-vous avec la mort. Un vendredi. Tôt le matin. Farhat Hached passe rendre visite à son fils, l'embrasse sur le front. Il part en voiture, une Simca. C'est le 5 décembre 1952. Deux voitures le suivent. Vers Tunis sur la route de Radès. La première voiture tire, les balles traversent l'arrière de la Simca puis le flanc avant gauche, la première voiture accélère, disparaît. Il est vivant, blessé, il marche sur la route pour chercher de l'aide, il souhaite qu'on le conduise dans un hôpital. La deuxième voiture s'arrête, on le fait monter... Il est jeté dans un fossé quelques kilomètres plus loin sur la route de Naâssen.
La liberté criblée de balles. Heure de l'assassinat : 8h 25. Un berger découvre le corps, puis les évènements se succèdent et la police fait semblant de conduire un travail honnête.
L'assassinat de Farhat Hached révolte démocrates et syndicalistes du monde entier. Son enterrement : décidé en cachette du peuple tunisien. On achemine sa dépouille de nuit dans un bateau vers son île natale. Arrivée du cercueil à Kerkenah. Ultime cruauté, on veut en finir très vite et empêcher sa famille d'ouvrir le cercueil et d'accomplir les rites funéraires. L'épouse, Oum el Khir Hached, c'est son nom de naissance, impose l'accomplissement des rites. Une voix pulse en elle, à la hauteur d'une Tunisie en larmes. Si le cercueil n'est pas ouvert, demain elle va sur sa tombe et, de ses mains, elle le déterre !
Qui sont les assassins de Farhat Hached ? On a caché les vrais coupables, puis on a fait semblant de les chercher en faisant tourner à vide les machines policière et judiciaire pendant plusieurs mois. Des juges accusèrent les policiers de les manipuler et protestèrent contre les irrégularités de la police. Mais auprès de qui s'il vous plait ? Auprès du Résident Général Jean de Hautecloque. Le matin du crime, celui-ci se trouve au Quai d'Orsay dans une réunion. Un homme entre, se penche sur lui, lui murmure quelque chose à l'oreille; le sang a coulé, l'opération est réussie.
Dossier classé sans suite
Chez le juge d'instruction, témoins bizarres et faux témoignages défilent. A titre d'exemple, les informations qui sont données sur la couleur des deux voitures sont contradictoires au point où on ne peut tirer aucune conclusion. Pareil sur la nature des occupants des deux voitures, sur leur aspect physique ou sur leur habillement. Lorsque la Simca est examinée, il n'y a plus aucune trace de sang, c'est tout propre et ainsi de suite... Le dossier est classé sans suite juridique. Hached est mort et il n'y a pas de preuves !
Dans un assassinat politique, c'est avant l'exécution de la cible que les coupables assurent leurs arrières de façon très froide. On cache la vérité, on désinforme et on punit des innocents pour achever de brouiller les pistes. Ce sont des formes très classiques de saleté morale.
Voici, après la mort de Hached, les cinq fausses pistes qui furent présentées à l'opinion civile, nationale et internationale de l'époque. Un crime de vengeance, un ordre en provenance du palais beylical, des militants communistes, des militants du néo-destour, des syndicalistes.
Pour renforcer cette cinquième fausse piste, on arrête six syndicalistes que l'on fait déporter dans un camp du sud tunisien. Parmi ces syndicalistes une femme, Cherifa Messaâdi, l'histoire écrite par les hommes cite trop peu le nom des femmes. Cherifa Messaâdi est la seule syndicaliste femme du 20è siècle tunisien à avoir fait partie d'un Bureau exécutif de l'Ugtt. Est-ce grâce au soutien de Farhat Hached, un féministe ? Oui.
Aveuglés par leur désir de garder le pouvoir sur nous, nos anciens dirigeants n'ont pas su anticiper les retombées de l'évènement sur le peuple et leur chute future...
Mais qui l'a tué, lui ? Où sont nos médias pour traiter du sujet ? Les archives du Quai d'Orsay sont secrètes, le peuple tunisien continue à être écarté de l'information 61ans plus tard. Des historiens tunisiens et français ont travaillé sur la question. Parmi les plus sérieux : Noureddine Hached, Mustapha Kraïem, Charles-André Julien, Gilles Monceron. La conjugaison de leur rigueur scientifique jointe à un patient travail de fourmi leur a permis de reconstituer une bonne partie des faits restés cachés à l'opinion. Voici les trois degrés de la culpabilité criminelle. Une partie de l'Etat a donné l'ordre. Puis les renseignements généraux ont bâti un plan d'assassinat. Puis une Main rouge locale a tiré.
Tous les terrorismes se rejoignent
Les services du SDECE ou renseignements généraux étaient dirigés par Antoine Pinay auquel succéda Pierre Boursicot, et le poste de Tunis était dirigé par Pierre Lallemand assisté de Pierre Conty. En haut de la pyramide de l'Etat, les historiens pointent du doigt les responsabilités criminelles du ministre de la Justice, Martinaut-Dépliant et son fidèle collaborateur Charles Brune, tout autant que l'implication du ministre de l'Intérieur. Quant au chef d'Etat de l'époque, Vincent Auriol, on l'a écarté de l'information, et après coup, on lui a dit que la Main rouge avait agi de son propre chef. Dans son livre intitulé : « Mon septennat 1947-1954 » Vincent Auriol évoque ses tourments moraux à la suite de l'assassinat de Hached.
Parmi les tireurs, Antoine Méléro. Témoignant en 2009 sur la chaîne Al Jazira, il déclare avoir fait son devoir. Appel du devoir ou appel de Dieu, tous les terrorismes se rejoignent !
Cette triste page de notre histoire n'est pas encore tournée. Tant que les archives ne sont pas rentrées chez nous, notre deuil collectif ne sera pas fini. Il faut achever l'inachevé et réclamer à l'Etat français toutes nos archives confisquées pour que nos historiens et nos juristes puissent plancher sur le dossier de la façon la plus complète possible et en informer, en retour, la société civile. La Belgique a fait en 2001 un beau travail de réparation symbolique en redonnant aux Zaïrois toutes leurs archives concernant l'assassinat de Patrice Lumumba. C'est une bonne façon de demander pardon.
En Tunisie et en France, des associations civiles ont commencé à mettre la pression sur les gouvernements respectifs pour obtenir le retour des archives. Ce retour facilitera le travail national d'un deuil resté impuni...
Un procès équitable pour l'enfant du pays, Chokri Belaïd ? Nous avons besoin de couper avec la répétition historique de l'impunité. Des procès non équitables à répétition déprimeraient la Tunisie entière. Pire, nous transmettrions de nouveaux traumas aux générations suivantes. La psychanalyse est utile à connaître. Tout traumatisme non résolu marque l'inconscient collectif d'un peuple, il affaiblit son énergie créatrice et son inventivité.
Savoir rebondir. En deux ans de post révolution, nous avons presque gagné la bataille des média libres. Il nous faut gagner la bataille de la justice indépendante. Juristes à vos robes, et nous société civile nationale et transnationale, gardons les yeux ouverts. Le monde entier surveille le déroulement du procès. Le Forum social mondial, le 6ème en date, qui s'est tenu à Tunis du 26 au 30 Mars 2013 et réuni cinq mille associations en provenance de cinq continents, a démontré que la solidarité avec les causes justes est planétaire. Les frontières géographiques s'effondrent devant la souffrance des peuples. Qui a tué Chokri Belaïd? Nos gouvernants actuels doivent prouver au monde entier qu'ils ne vont pas répéter la façon de travailler héritée de nos anciens gouvernants français.
* (Universitaire)


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