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«Les aspirations des Tunisiens doivent être révisées»
M. Chedly Ayari, Gouverneur de la BCT
Publié dans La Presse de Tunisie le 11 - 09 - 2013

La classe politique (gouvernement et opposition) sous-estime aujourd'hui d'une manière catastrophique les enjeux de développement. Et puis, qu'est-ce qu'une démocratie qui va partager la pauvreté et la rareté ?!
Depuis quelques semaines, votre nom revient avec insistance pour succéder à l'actuel chef du gouvernement. Qu'en est-il au juste ?
C'est une pure rumeur. Et puis je ne suis absolument pas intéressé. Je n'ai plus de plan de carrière, mais je continuerai à servir mon pays. Si j'ai encore une contribution à apporter au pays, je voudrais qu'elle soit consacrée aux questions économiques. Quelle que soit la formule qui sera adoptée, l'idéal serait qu'il puisse y avoir un chef du gouvernement et un vice-chef de gouvernement. Le premier s'investissant totalement dans le politique et le second totalement dans l'économique.
Seriez-vous intéressé par le poste de vice-chef de gouvernement ou ministre d'Etat chargé du Développement ?
Absolument pas. Je suis profondément optimiste et suis convaincu que le potentiel de rebondissement de l'économie nationale est fort. Je m'inscris carrément en porte à faux avec ceux qui défendent la thèse de la faillite. Les Tunisiens savent faire de la croissance.
Seulement, la classe politique (gouvernement et opposition) sous-estime aujourd'hui d'une manière catastrophique les enjeux de développement. Et puis, qu'est-ce qu'une démocratie qui va partager la pauvreté et la rareté. Quid après la transition, quel modèle de société pour la Tunisie post-transition ? Autant de questions auxquelles il est important de réfléchir dès maintenant. La révolution est restée sans ce substratum intellectuel; elle est orpheline de la culture...
«L'exacerbation des tensions sur la scène politique nationale menace, plus que jamais, la sécurité et les fondamentaux de l'économie nationale», peut-on lire dans le dernier communiqué de la BCT. Pouvez-vous, Monsieur le Gouverneur, être un peu plus explicite ? Y a-t-il, cette fois-ci, réellement péril en la demeure ?
La relation entre stabilité politique et performance économique est l'évidence même, compte tenu des interactions entre les sphères politique et économique. D'ailleurs, dans toute analyse économique de la situation d'un quelconque pays, que ce soit au niveau des institutions financières internationales, des agences de rating ou d'autres institutions bancaires, le volet politique constitue un axe incontournable de cette analyse, tellement le facteur «stabilité politique» est influent dans la réalisation des objectifs en matière de croissance, d'emploi et de préservation des équilibres interne et externe de toute économie. Certains analystes mettent en avant de la scène l'existence d'un gouvernement stable comme condition nécessaire d'une croissance soutenue à long terme, car pour mettre en œuvre des réformes structurelles, le pays aurait besoin d'un gouvernement stable. La stabilité politique est à ce titre une condition nécessaire de la stabilité macroéconomique, pouvant permettre d'exploiter pleinement le potentiel de croissance à long terme du pays.
Je voudrais rappeler, dans ce cadre, qu'un an auparavant, dans une de mes déclarations à la presse, à l'issue de la première augmentation de taux décidée par le Conseil d'administration de la BCT au début du mois de septembre 2012, je me référais déjà à la fameuse maxime du ministre des Finances de Louis XVIII : «Faites-moi une bonne politique, je vous ferai de bonnes finances».
Ce que j'entendais par là, c'est un agenda politique clair avec un calendrier pour la finalisation de la Constitution et pour l'organisation des élections. Vous savez que les opérateurs économiques, qu'ils soient nationaux ou étrangers, ont besoin de visibilité. Une période de transition est pour eux une période de flou, en dépit des assurances qu'on peut leur fournir ; et si cette période se prolonge, dans un climat de fortes tensions politiques et sociales tel que nous le vivons actuellement, cela ne fait qu'accroître les incertitudes. D'ailleurs, l'argument avancé en premier par les agences de notation pour expliquer les dégradations de notre note souveraine n'est autre que l'incertitude politique. Par ailleurs, le pays a besoin de réformes structurelles pour répondre aux attentes des citoyens, remonter la pente et résorber le chômage élevé. Plus ces réformes tardent, plus elles seront compliquées à mettre en place.
Je saisis cette occasion pour réitérer, encore une fois, mon appel à toutes les parties prenantes pour dépasser la crise politique actuelle. Ne vous inquiétez pas, l'économique suivra.
Dans le contexte actuel, la politique monétaire semble atteindre ses limites et le gouvernement compte mettre en place une politique de rigueur budgétaire. Quels seraient selon vous les moyens de relance ? Quel serait l'impact d'une politique budgétaire restrictive ?
Je tiens avant tout à préciser que l'objectif est de retrouver une croissance saine, durable et plus équitable. Il ne s'agit pas de réaliser des taux de croissance élevés aux prix de déséquilibres importants non soutenables à moyen terme. Une politique monétaire trop accommodante générera de l'inflation ; une relance budgétaire non contrôlée peut s'avérer très néfaste à moyen terme et les problèmes des pays de la zone Euro en sont le témoignage parfait.
Je pense qu'on n'en est pas encore là, mais il faut éviter les dérapages importants qui pourraient mettre en péril la relance à moyen terme. De la rigueur budgétaire est préférable à des mesures d'austérité qui pourraient s'avérer très douloureuses.
Dire que la politique monétaire a atteint ses limites, et que le gouvernement n'a plus de marges de manœuvre sur le plan budgétaire ne me semble pas tout à fait juste. En effet, le taux directeur est actuellement à 4%, alors que les pressions inflationnistes commencent à donner des signes de décélération, ce qui signifie que la Banque centrale dispose toujours des outils lui permettant d'agir aussi bien sur les prix que sur l'activité. La seule limite à l'action des autorités monétaires c'est quand le taux directeur est nul ou proche de zéro, comme c'est le cas actuellement dans beaucoup de pays industrialisés. Il demeure néanmoins vrai que l'impact d'une politique monétaire expansionniste sur l'investissement reste, encore une fois, tributaire d'un ancrage des anticipations inflationnistes à moyen terme, de l'amélioration du climat des affaires, à commencer par la résolution de la crise politique, la promulgation du nouveau code d'investissement et j'en passe.
Pour ce qui est des contraintes budgétaires, en dépit du dérapage au niveau du déficit, le ratio de la dette publique est nettement inférieur à 50%, ce qui veut dire que théoriquement l'Etat dispose encore de marges de manœuvre budgétaires, quoique limitées, sous réserve qu'il puisse financer tant en interne qu'en externe les déficits à des conditions financières supportables. Nul doute que les multiples dégradations du rating de la Tunisie et la détérioration de son classement par le Forum de Davos, par Doing Business et autres institutions spécialisées, n'arrangent pas les choses. C'est pour cela que nous devons fournir un programme budgétaire crédible qui, tout en contribuant à la relance économique, offre des garanties sur notre ferme intention de maîtriser notre déficit.
Je voudrais également mettre l'accent sur le rôle du secteur privé dans la relance économique. En effet, et contrairement aux discours alarmistes diffusés par-ci par-là, je pense que l'économie tunisienne et en particulier le secteur privé ont montré une forte capacité de résistance si l'on tient compte de la reprise positive du rythme de croissance en 2012 et en 2013, en dépit des multiples chocs internes et externes auxquels l'économie a pu faire face. N'oublions pas que l'économie tunisienne est soumise, depuis 2007, à une succession de chocs : crise financière en 2008, hausse vertigineuse des prix des produits de base, révolution du 14 janvier 2011, crise de la dette souveraine dans la zone Euro..., ce qui signifie que notre économie est capable de rebondir, une fois le climat politique assaini et qu'une meilleure visibilité est assurée pour l'ensemble des opérateurs.
A mon sens, il faut commencer à réfléchir dès maintenant aux réformes structurelles à mettre en place dans la période à venir pour booster la productivité et améliorer la compétitivité de l'économie tunisienne. Mais cela reste toujours tributaire de la résolution des problèmes au niveau politique.
L'économie tunisienne semble se retrouver face à des difficultés financières alarmantes. Y a-t-il encore des marges de manœuvre ? Que faire face au dilemme : relance budgétaire et difficultés financières ?
Il est incontestable que l'économie tunisienne est en difficulté, mais on oublie souvent que le pays a vécu une révolution, qui, par-dessus tout, a eu lieu à un moment où la conjoncture mondiale n'est pas au beau fixe, pour le moins que l'on puisse dire. Même les économies émergentes sont aujourd'hui touchées. Je pense que par ces temps moroses, les aspirations des Tunisiens, aussi légitimes soient-elles, doivent être révisées. Tout le monde est en train de faire des sacrifices, on ne peut y échapper. On ne peut pas parler de relance budgétaire dans un tel contexte, c'est de la stabilisation qu'il s'agit. Le défi sera de faire en sorte que les plus vulnérables soient les plus protégés mais pour les autres, il faudra faire des efforts. Du côté des dépenses, contrôler l'évolution des salaires, cibler les subventions et améliorer l'efficacité de la gestion des entreprises publiques, du côté des recettes, retrouver un rythme de production normal du phosphate et lutter contre l'économie parallèle. Ce sont là autant de mesures qui doivent être mises en œuvre si l'on veut éviter le pire.
Quelle pertinence a, à vos yeux, l'idée de financer le déficit budgétaire par la création monétaire, tout en acceptant un peu d'inflation, comme une issue raisonnable?
On nous reproche souvent de faire fonctionner « la planche à billets » pour financer le déficit de l'Etat alors que les statuts de la Banque centrale interdisent explicitement toute forme de financement direct du Trésor. Ils stipulent également que notre mission principale est la stabilité des prix et que tout soutien à l'économie doit être sans préjudice à notre objectif premier, ce qui constitue en soi une contrainte supplémentaire.
L'augmentation du volume de refinancement fourni aux banques à laquelle certains font allusion est principalement attribuable à l'accroissement du déficit courant et au piétinement des investissements étrangers. D'ailleurs, l'accélération du refinancement n'a pas donné lieu à un accroissement proportionnel de la masse monétaire et des crédits à l'économie. Lors de nos interventions, nous veillons à ce que l'évolution de ces derniers soit en ligne avec l'évolution du secteur réel de manière à éviter de créer des tensions inflationnistes supplémentaires.


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