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Chedly Ayari : Quarante jours déjà... Un petit clin d'œil à un ami qui est parti sans prévenir
Publié dans Leaders le 22 - 11 - 2015

La génération qui est la mienne, qui est celle de Mahmoud aussi, c'est fatalement l'entrée dans un automne de la vie irréversible qu'on traverse plus longtemps, moins longtemps, jusqu'au jour, nous dit la tradition indienne, où cette autre nécessité de la vie qu'est la mort, en nous touchant, nous rend, sans nous détruire, seulement invisible.

Curieuse invisibilité, en effet, quand l'invisible pourrait toujours sonner à votre porte, à vous, le survivant, sans que cela vous surprenne. Mahmoud est parti ; mais il peut toujours sonner à ma porte, comme il l'a toujours fait, pour se vautrer sur un fauteuil de mon salon où trônent sur tous les murs des tableaux, que dis-je ? des œuvres, signés Shili, le Shili des mille et une époques, le Shili de ces milles et une lumières toujours indéfinies, en mal d'une herméneutique dont il détient seul le secret… des tableaux qui lui font la fête, en silence, et se pressent pour rendre hommage au maître qui les a inventés.

Très vite, Mahmoud vous emporte. Sa curiosité jamais satisfaite, ses angoisses sur le monde, sur la vie, sur les gens, sur la politique, sur la société, vous saisissent à votre tour. Puis le Graal ! Quand Mahmoud s'empare d'un luth que je lui procure et sans jamais se faire prier, se met à jouer et à chanter ces mélodies immortelles des maîtres et des divas immortels de la chanson arabe, en acceptant que l'amateur sans talent que je suis l'accompagne ou lui donne la réplique. Je vivais alors un moment privilégié où la peinture et la musique devenaient, tout d'un coup, complices, où couleurs et sons se donnent la réplique.

Mais cela, c'est Mahmoud qui vous rend visite. Il y a aussi le Mahmoud à qui on rend visite, chez lui, où sa remarquable épouse, Gaby, recevait avec lui les amis et les épouses des amis. Autres moments de fête, agrémentés, cette fois, par les excellents repas que les Sehilis nous servaient et que le cuisinier Mahmoud, s'ingéniait, lui-même, à nous préparer. Mais la belle peinture du maître, des tableaux accomplis aux tableaux encore en devenir, nous y tenait toujours compagnie aussi. Et la musique aussi, parce que Mahmoud ne peut pas s'imaginer nous recevoir sans chanter, sans gratter sur un vieux luth qui traîne toujours ici ou là, ces mélodies d'Abdelwahab, d'Om Khalthoum ou de Ryadh Es Sombati.
Il le faisait déjà quand on allait voir le jeune maître prodige à la Galerie Irtissem, à l'occasion d'un vernissage ou juste pour prendre un café avec lui, là où Mahmoud réunissait artistes, hommes de lettres, poètes, musiciens, médecins : Salah Garmadi, Taoufik Baccar, Hédi Selmi, Abdelhamid Beliljia, Ridha Mzabi, Hamadi Berrachid… ou quand il nous accueillait dans son atelier, perdu dans l'une des ruelles du vieux Sidi Bou Said,

S'agissant de l'art de la peinture chez Mahmoud Shili, j'ai parlé plus haut, d'herméneutique, autrement dit de code explicatif dont Shili a toujours gardé pour lui la clé. Ses voûtes, ses portes, ses ruelles du vieux Tunis, ses dessins, ses esquisses- il ne s'agit pas de portraits- d'hommes et de femmes, tunisiennes, algériennes, soudanaises, ses Sidi Bou Said saisis au réveil, désertés, vides de monde, baignant dans des lumières plus que dans des couleurs, resteront à jamais mystères pour le profane que je suis tout autant que pour ses pairs.
Emile Zola disait de l'œuvre d'art qu'elle est " un coin de création vu à travers un tempérament."

Définissant le rapport entre le lecteur et l'auteur, l'essayiste mexicain Carlos Fuentes écrivait que «le lecteur doit être inventé par l'auteur, imaginé dans le but de lui faire lire ce que l'auteur a besoin d'écrire, non ce qu'on attend de lui.''

L'œuvre de Mahmoud est justement de cette trempe-là. Lui, dont les tableaux sont "un coin de création vu à travers un tempérament", dont la peinture invente ou réinvente en permanence le critique, l'admirateur, l'acheteur acquis ou en devenir, imaginés dans le but de leur communiquer, non le message, mais le sens, la sensation, que l'artiste a besoin de faire partager.

Dans mes heures perdues, j'en avais plus hélas! hier qu'aujourd'hui, il m'est arrivé de m'intéresser aux arts Chinois anciens (période Confucéenne) marqués du sceau de l'inchoatif, du suggestif, de l'incitatif, (xing), de l'indéterminé.

''Une interaction, disaient les grands penseurs de la Chine ancienne, entre « paysage » et « émotion », liée à la philosophie de l'immanence (voir infra) (jing et qing) … l'intériorité « emprunte » au monde extérieur pour exprimer ses sentiments les plus intimes qu'elle « imprègne » de son affectivité … en d'autres termes, il n'y a plus là de sujet et d'objet … en d'autres termes, il n'y a plus là de sujet et d'objet : il n'y a plus là de représentation.

Le mode incitatif, c'est la capacité de l'esprit à se déployer au loin, perçue comme une possibilité d'essor dans l'espace et dans le temps, permettant de s'affranchir des limitations physiques et de communiquer avec l'infini des choses.

L'art de Mahmoud puise abondamment dans cette doxa de l'incitatif Confucéenne. Il n'est jamais représentation, même quand il croque une porte, ou une voûte, ou une ruelle du vieux Tunis, ou quand il peint cette femme algérienne sans regard, ou cette foule soudanaise, un jour de marché à Om Dormane. L'art ici suggère une intériorité, une intimité, une affectivité, une poésie, sans se préoccuper d'objet ou de sujet.

C'est cela qui est parti avec Mahmoud, qui laisse une peinture tunisienne à jamais orpheline de son plus beau mystère.

Chedly Ayari


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