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Monia Kallel: Lettre à M. Le Président de La République
Publié dans Leaders le 05 - 12 - 2019

Je n'avais nullement l'intention de m'adresser à vous qui recevez, j'imagine, des centaines de correspondances par jour. Que ferait, me dis-je, une lettre de plus ou de moins. Mais, le drame de Amdoun m'y a décidé. Parmi les 29 morts (chiffre provisoire) figure Sabrine, La jeune étudiante, inscrite en troisième année de Licence, qui est partie en "randonnée" pour ne plus revenir. Lundi, 2 décembre 2019, elle a manqué à l'appel au grand désarroi de ses camarades et ses enseignants. Je vous épargne les détails de la scène.
Mais, laissez-moi d'abord, Monsieur le Président, placer la catastrophe dans le contexte. Cette catastrophe qui, du temps de la dictature, aurait été présentée dans la rubrique des « faits divers » et reçue comme un accident quasi-naturel voire anodin ou l'œuvre du puissant Destin, provoque chez les tunisiens une onde de choc sans précédent, une forte émotion, une irrépressible colère doublées d'un débat national en vue de « délimiter les responsabilités ». Certains expliquent cedrame par ce « qui s'est passé en 2011 ». La « Thaoura »qu'ils ont pourtant applaudie ou du moins perçue comme la promesse d'une ère nouvelle, la naissance d'un Etat de droit régi par les valeurs républicaines, se nomme désormais « Ladite thaoura », le mal premier dont découlent tous les autres, et le mot devient synonyme de décadence, de désordre, et objet de moqueries, d'insultes. A l'autre extrémité du paysage politique, les islamistes exaltent la Révolution. Ils s'affichent comme ses dépositaires et ses défenseurs légitimes, reléguant leurs adversaires dans la catégorie des anti ou contre- révolutionnaires. Ce qui ne les empêche pas de proférer des propos ultraconservateurs et dedénigrer la modernité, fondatrice du mot-concept Révolution.
Cet abus de langage n'est pas nouveau. Ce détournement-retournement non plus. Je vous rappelle, Monsieur le Président, que le grand mouvement protestataire (du 17 décembre 2010-14 janvier 2011), surnommée après coup, la Révolution de la "karama", a été récupérée, volée, dit-on, par les révolutionnaires de la 25eme heure.
A propos de l'entrée tardive de certains politiques, Abdelwaheb Meddebse réfère, dans Le Printemps de Tunis, au diplomate français, Talleyrand: « je ne me suis jamais pressé et pourtant je suis toujours arrivé à temps ». La phrase semble écrite pour RG, qui, au lendemain de son retour de Londres, a condamné l'acte premier, jugé le suicide de Mohamed Bouazizi "Haram", contraire aux préceptes de l'Islam, avant de se positionner en guide suprême de la Révolution, et de se faire le protecteur semi-déclaré de « la ligue de protection de la Révolution ». Violences, affrontements, campagnes de sabotage (contre les médias, les journalistes, Nida Tounes, l'UGTT), assassinats qui ont débouché sur la dissolution de la « ligue ».
Par une des plus étranges ironies de l'Histoire, le chef du parti islamiste est aujourd'hui à la tête de l'ARP. Il y est arrivé après une campagne électorale qu'il a centrée sur le "souffle révolutionnaire" des nahdaouis. Les candidats de la liste "El Karama" empruntent la même voie/voix et récoltent les mêmes bénéfices. Le nom qu'ils se sont attribué, leur posture, leur discours, attestent et reflètent l'ampleur de cette opération de détournement. Et les désastres qu'elle a générés et qu'elle continuera à générer.
Il est clair, Monsieur le Président, que pour ces jeunes parvenus au parlement (qui ne manquent aucune occasion pour s'auto-proclamer révolutionnaires), la situation socio-économique des tunisiens, la santé, l'éducation, le transport… sont des questions périphériques par rapport à leur objectif premier: réislamiser le peuple, changer le modèle sociétal et réécrire l'Histoire en déboulonnant le fondateur de la République et les défenseurs de l'Etat moderne. Ce travail de sape que le chef du parti islamiste a entamé en grande pompe, (au lendemain de son accès au pouvoir en 2012), avant d'être contraint de baisser le ton, (re) trouve sa ferveur et son aigreur dans la bouche du chef de "El karama", son alter ego, et son fidèle héritier.
Les jeunes qui n'ont pas vu leurs conditions s'améliorer, qui ont senti l'arnaque et vomi les arnaqueurs ont décidé de prendre leur destin en main, et tenté de réinventer leur « Révolution kidnappée » (titre de l'historien Mustapha Kraiem). Ce sont ces jeunes, le « chabab », pour reprendre votre mot favori, Monsieur le Président, qui vous a soutenu et a assuré votre accès à Carthage. Il a cru en votre droiture, votre parcours d'enseignant, votre éloquent et rassurant discours. Certes, à la différence des autres candidats, vous avez évité de lui promettre monts et merveilles, mais la prise de contact et la parole sont déjà une promesse ; "dire c'est faire" selon la formule bien connue. Cette jeunesse qui ne demande qu'à vivre dans la dignité, à gouter à la "karama", ce mot resté sans contenu, a compté sur votre expérience, votre savoir, et savoir-faire pour que ses vœux soient exaucés, que les idées que vous lui avez insufflées se transforment en acte.
Six semaines environ après votre investiture, ce même « chabab » commence à douter de son devenir. Sa situation va de mal en pire. Loin de le tranquilliser, les propos consolateurs, fatalistes ou accusateurs des autres que vous tenez chaque fois que vous êtes confronté à la sordide réalité, accroissent ses doutes, et ses angoisses. La tragédie du 1er décembre 2019, cristallise la tension, et latransmue en colère, en peur panique bien visibles dans les yeux vides des amis de Sabrine, porteurs de l'absence et de la désespérance…
Permettez-moi, pour finir, Monsieur le Président, de vous formuler mes inquiétudes et mes questionnements. Êtes-vous sûr d'avoir réellement écouté le « chabab » qui vous a bien écouté? Avez-vous réglé votre montre sur la sienne? Mesuré son élan au vôtre ? Le temps des "enfants du Net" (comme ils aiment se surnommer) est autrement plus rapide que le temps des échafaudages théorico-idéologiques. Leurs ambitions, et leurs espaces sont à fortiori bien plus étendus. Comment concorder les deux chronotopes? Quel tracé et quelles stratégies comptez-vous suivre pour répondre aux énormes attentes de ce « chabab »connecté au monde, nourri d'une culture plurielle et des acquis de la modernité ? Cette modernité que les pseudo-révolutionnaires et faux-démocrates dénigrent au nom de la reconquête d'une identité perdue et la protection de l'Islam menacé, créant chez les plus vulnérables le complexe du "sur musulman" dont le psychanalyste tunisien, Fethi Ben Slama, a analysé les motivations, les symptômes et les implications.
Ce « chabab » fragilisé, perdu, déboussolé par tant de slogans trompeurs et de discours creux, a besoin d'actions concrètes et de décisions rapides.
Alors, de grâce Monsieur le Président, décidez et agissez.
Monia Kallel


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