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La philosophie des perroquets
Va savoir
Publié dans Le Temps le 28 - 11 - 2010

Par Khémais Khayati - Hier et aujourd'hui, à Tunis, et plus précisément à la Cité des Sciences, on fête la journée internationale de la philosophie en catimini, sans tambour ni trompette, entre gens de même portée et un peu à l'écart de la place publique qu'il ne fallait surtout pas titiller en cette fin de mois. Cette manifestation, oublions le fait qu'elle soit un peu à l'écart, est une occasion en or parce qu'elle est centrée sur le thème : « Philosophie et stratégies de la modernité ». Y participent des philosophes d'Algérie, d'Egypte, de Syrie, du Liban, de la Jamahiriya, de Mauritanie, du Yémen, de Palestine, et aussi de Hongrie. Vous voulez quelques noms.
Tenez, notez : Mohamed Jdidi, Anouar Abdelmalek, Sadok Jalel el Adhem , Aziz al Adhama, Faycel Darraj, Chafika Bastaki, et une pelletée de noms illustres sans oublier ceux et celles de nos cieux comme Mehrez Hamdi, Ridha Channoufi, Abdelaziz Labib, Fathi Meskini, Jaleleddine Saïd, Mohamad Mahjoub…
Voyez-vous, c'est le gratin de la crème qui va philosopher chez nous durant 48h. Cerise sur le gâteau, ces tables rondes traiteront de « Renaissance ou modernité : le discours décisif », « La Pensée philosophique arabe : les Lumières et le renouveau », « Philosophie de l'interculturalité et stratégies de la modernisation », et seront accompagnées par un café philosophique qui se tiendra cet après-midi…. Avouez que ça vaudrait le déplacement.
Fatiguer ses neurones !
Seulement, philosopher en dehors de la place publique, une fois l'an et en fin de mois, c'est comme une rencontre « de professionnels de la profession de philosophe »… Et qui dit fin de mois chez nous, dit aussi l'ardoise chez l'épicier ou les commissions de fin de mois dans une grande surface, les abonnements dans les transports ou les sœurs factures qui ne vont pas tarder à pointer leur bec crochu, sans oublier les sentiments qui deviennent sources de tracas capables d'occuper le cœur et l'esprit…. Alors, fêter la philosophie en ces temps de vache maigre et d'horizon insaisissable, c'est comme annoncer l'avènement de l'Heure dont ne cessent de nous tarabiscoter les oiseaux noirs des satellitaires.
Car, j'ai la nette impression que, dans mon pays et dans ma culture arabo-musulmane d'aujourd'hui, philosopher est devenu une chinoiserie comme qui vous parlerait de la quadrature du cercle. Et c'est d'autant plus inquiétant que la négation de cette pratique humaine par excellence surgit au moment où la connaissance – dans tous ses états – et grâce aux nouveaux moyens de communication, est étalée de son long en exposant ses atours sur les scènes publiques et privées, ici et ailleurs… Parce que chez nous, comme dans le reste du monde arabe, faire travailler ses méninges et établir des liaisons entre ses propres neurones – et la philosophie est bien cette pratique là – c'est devenu tout bonnement une activité absurde, une activité tellement immatérielle qui ne sonne pas et ne trébuche pas qu'elle en devient le signe d'une quelconque dénaturation, si ce n'est tout bonnement « le métier de ceux qui n'en ont pas ». Et quand, chez nous, on n'a pas de métier, c'est de deux choses l'une ou qu'on soit né avec une cuillère en or dans la bouche et c'est de plus en plus fréquent mais c'est du pur virtuel, ou que la chance d'avoir terminé vos études ne vous a pas donné celle d'avoir un travail, et c'est très fréquent aussi…
Dans tous les cas de figure, philosopher est devenu un acte irréfléchi qui a nécessité l'intervention de l'Unesco qui pour y remédier instituant depuis 2002 une journée mondiale de la philosophie sur le thème « du rapprochement entre les cultures ». Et si on veut rapprocher les choses, c'est qu'on s'est rendu compte, depuis des lustres, que les liaisons non seulement entre l'Occident et l'Orient (passons sur la définition des dénominations : genre qui est l'Occident ou l'Orient de l'Autre ?) sont parasitées, mais qu'il existe dans l'Orient lui-même de nouvelles « cultures » qui se regardent en chiens de faïence… Et leur affrontement n'est pas pour après demain. Alors, permettre qu'on fête l'acte de philosopher avant le choc des Titans c'est, ma foi, s'offrir une bonne conscience avant le grand spectacle de la descente du rideau…
La stratégie des Perroquets
Cette gratuité de la philosophie ici et maintenant n'a pas de valeur – dans tous les sens positifs et négatifs du terme – et est le signe distinctif de la santé mentale d'une société comme la nôtre… Vous connaissez sûrement la « noukta » (l'anecdote) sur la valeur inestimable du cerveau arabe qui n'a jamais servi… Et quand un cerveau n'a pas servi, ce n'est nullement de sa faute. Il faut jeter un regard rétrospectif sur les décades qui ont précédé pour voir les politiques culturelles et éducatives qui ont régné sur le monde arabe. Ces politiques, pour répondre au questionnement légitime du citoyen arabe quand il se voit malmené chez lui comme ailleurs, ces politiques n'ont pas trouvé de mieux qu'une philosophie des satisfécits basée sur les certitudes. Seules les sciences exactes sont la « vraie » réponse au doute. Et ce n'est pas sans raison que la pensée rétrograde reprend du poil de la bête immonde dans le champ des sciences exactes quand les sciences humaines, et principalement la philosophie, sont non seulement dépréciées par l'absence de débouchés sur le marché du travail, mais aussi bâillonnées dans les manuels scolaires et réduites aux simples intentions…
Nous avons de nos propres mains tué l'unique savoir qui questionne l'homme et lui enlève la paresse de l'esprit que les évidences lui inculquent. Mais vouloir tuer la philosophie n'est-ce pas une philosophie aussi, celle de limiter la pensée, ou du moins d'en faire le souffre douleurs ?
Il existe en Tunisie une expression qui résume à merveille le statut réservé à la fonction de « penser »… Quand quelqu'un essaie de réfléchir – ce qui est la définition première et primitive même de la philosophie – on dit de lui « Ykhaddim fi moukhou » (fait fonctionner son cerveau). Ce qui, par extension, signifie « chercher des complications », ne pas prendre les choses comme elles viennent, ne pas être naturel. Et le contraire de naturel est culturel. Donc l'acte de réfléchir est un acte culturel… A partir de cet anti-cogito qui met en valeur l'équivalence entre l'existence et la non pensée, il nous est aisé de conclure que la société tunisienne – même si elle a l'air de se moquer de la philosophie (yetfalsif = complique la chose), fait de la philosophie selon la formule connue de Pascal dans ses pensées… Toutefois, chez Pascal, l'acte de se moquer de la philo est un acte conscient, un acte culturel, chez nous, c'est un acte naturel, vital… Le Tunisien moyen passe plus de trois heures et demi devant sa télé (ne disons pas lesquelles) et la télé n'aide pas à la réflexion. Elle tue le temps en le laissant couler. Elle tue l'exercice d'exprimer une idée en organisant sa pensée puisque penser c'est poser des questions, c'est être « continuellement en route », comme l'écrivait Alber Jacquard… La télé, internet et les moyens de communication modernes rendent les gens muets même s'ils « claviardent » (comme bavarder mais avec un clavier) à longueur de temps. Le mutisme et l'antinomie de la Philosophie… dans ces médias, on reçoit des réponses qui généralement ne font que renforcer la violence quand les questions de la philosophie et le savoir des sciences humaines résorbent cette violence par le fait même de penser, de faire fonctionner les méninges et d'établir des liaisons entre les neurones… Pour renverser la vapeur, il ne faut pas seulement une journée, il faut une politique… Il faut populariser la philosophie comme le souhaitait, il y a déjà trois siècles, Diderot afin que les peuples rejoignent les philosophes, pensent et ne récitent plus… Car la Modernité n'a jamais été initiée par la stratégie des Perroquets dans laquelle s'est affaissé le monde arabo-musulman… Pourquoi donc ? Va savoir !


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