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Une consultation de trop ! Et si on laissait les gens faire leur travail !
Publié dans Le Temps le 01 - 05 - 2012

Par Khaled Guezmir - Les partis dominants à base idéologique hégémoniste qu'ils soient de droite ou de gauche ont ceci de particulier : la persévérance farouche de soumettre l'espace public à leur volonté ! L'histoire du 20ème siècle celui de la confrontation majeure entre le totalitarisme et la liberté le prouve.
Il suffit de remonter aux mouvements fascistes de droite ou aux systèmes staliniens de gauche pour découvrir que finalement ils appartiennent à la même famille celle de la nébuleuse du « Parti-Etat ». Mais le paradoxe c'est de voir des mouvements de « libération » nationale que ce soit du temps de la colonisation ou après l'institution de l'Etat national indépendant et où les principaux leaders sont crédités d'une résistance plus qu'honorable avec au compteur des années de prison, de torture et d'exil, reprendre à leur tour le chemin de leurs anciens « bourreaux » et soumettre à nouveau leurs peuples au despotisme.
Les islamistes ont quelque part raison quand ils affirment que la « modernisation » a échoué parce qu'elle a conduit finalement aux mêmes résultats que les systèmes dominés par la colonisation : pauvreté, népotisme, régionalisme, corruption et déconfiture des valeurs et de la vertu. A voir certaines élites gouvernantesdes soixante dernières années donner des leçons de démocratie de bonne gouvernance et même de morale, sur les chaînes de télévision publiques et privée, c'est tout simplement commettre un double dol à l'égard de la mémoire nationale et de la vérité historique.
Le peuple tunisien attend encore les excuses de ces anciens ministres omnipotents qui de leur temps vivaient sur un autre nuage piloté par l'égocentrisme pur et dur, leur soif inaltérable du pouvoir au détriment de l'intérêt supérieur de la nation. Ce sont ceux là qui ont fait le plus de mal à la « modernisation » et qui ont propulsé les mouvements islamistes radicaux au devant de la scène par la répression des idées et des hommes libres.
Mais maintenant que le mal ou le bien est fait, et que la Révolution de janvier 2011 a balayé les « anciens » régimes avec pour objectif essentiel de redonner le pouvoir aux citoyens de faire en sorte que l'Etat devienne « propriété » de la communauté et non d'un ordre, d'une caste d'une famille ou d'une personne, il va falloir s'accommoder avec cette formule magique de Jean Jacques Rousseau inspirée par le grand Aristote : « La démocratie c'est le pouvoir des gouvernés »… !
Il va falloir rebâtir une fois pour toute, les institutions de manière à garantir l'autonomie fonctionnelle des structures de l'Etat et la séparation effective des pouvoirs. Il faut aussi que les gouvernants de la transition actuelle démontrent une volonté réelle de libérer l'administration, la justice et surtout la presse et les médias de la tutelle de l'exécutif.
Ceci ne veut pas dire que l'autorité de l'Etat doit être ébréchée ou ébranlée par toutes sortes de dépassements irresponsables.
Mais la légitimité de l'Etat c'est de veiller à la sûreté (Al Amen) des citoyens et à la protection de leurs droits naturels inaliénables qui ne seront limités que par la loi.
Il reste entendu et évident que la formule qui institue la loi comme « l'expression de la volonté générale » peut être sujette à diverses interprétations et donner des appétits aux régimes totalitaires qui « gagnent » des élections à de fortes majorités. Le glissement vers « la volonté générale » souveraine mais despotique et Rousseau lui-même en convient est dans l'ordre naturel des choses et même des hommes. Le Pouvoir corrompt et le pouvoir absolu corrompt absolument ! D'où la nécessité des contre-pouvoirs non pas de façade ou « sous tutelle » mais effectifs et capables de réajuster les comportements abrisifs de l'exécutif.
Vouloir aujourd'hui par une « consultation » sans âme et de trop soumettre la presse nationale à la volonté de l'exécutif et du parti dominant, c'est remettre ce contre pouvoir majeur et essentiel et avec lui la liberté de la presse sous une nouvelle tutelle.
« La réforme » de la presse n'a besoin ni de « consultation » décidée par le gouvernement ni d'un nouveau code qui la met aux pas, mais tout simplement de la liberté !
Le reste doit être du ressort des gens du métier comme c'est le cas dans le monde qui compte, le monde libre.
Les journalistes tunisiens ont démontré assez de compétence et de professionnalisme pour allier la prudence et la responsabilité, quand il s'agit de traiter l'événement, dont la sacralité est notre vérité. A notre avis, l'instance nationale pour l'information (INRI) dirigée par un homme de grande vertu et de grande indépendance Si Kamel Laâbidi, est largement suffisante pour mettre à niveau le secteur et proposer les « rectifications » souhaitables sans toucher à l'essentiel : la liberté d'expression et de diffusion. Vouloir « noyer » cette commission dans un « projet » gouvernemental de « réformer » la Presse c'est tout simplement revenir à la case départ : la remise de la tutelle de l'Etat et du pouvoir sur la société civile et ses composantes… du déjà vu il n'y a pas si longtemps… n'est-ce pas !
K.G

P.S. : Une analyse du contenu sommaire des journaux télévisés du dimanche 29 courant donne au moins 40% d'espace à l'activité du gouvernement et du pouvoir en place ! Que veut-on de plus !
MM. Sarkozy, Obama et Angela Merkel en seraient morts de jalousie !
tmc
omar


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