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Insécurité de l'emploi et angoisse du lendemain
Dossier : Départ précoce des sportifs tunisiens à l'étrange, comment garder les meilleurs talents ?
Publié dans La Presse de Tunisie le 04 - 02 - 2019

Il n'y a pas que le football. Le handball, les sports individuels et de combat sont la cible des recruteurs qui maintenant connaissent les points faibles, se sucrent sur le dos de nos joueurs et appauvrissent les clubs. Certes, il y a des jeunes qui émergent pour les remplacer, mais il est quand même regrettable que nos équipes, nos compétitions tournent avec des novices qui apprennent le métier pour aller animer des compétitions et garantissent un niveau plus performant ailleurs.
Comment garder nos joueurs, notre élite, et la persuader qu'elle trouvera dans son pays ce qu'elle cherche ailleurs ? Vaste question et monumentale contradiction qui nous fait penser à un dicton qui dit «on a besoin de mensonges pour conquérir la réalité».Cela n'a pas commencé ces dernières années et ce n'est pas nouveau : nombre de nos joueurs ont quitté le pays pour aller exercer ailleurs. Ce fut l'époque des Ben Nacef, Kerrit, Hénia, puis vint l'équipe du fameux Mondial de 78 qui vit un bon nombre d'éléments s'orienter vers les pays du Golfe, la France, la Turquie et ailleurs.
Mais les motivations des premiers, étaient totalement différentes de celles des seconds. Si les premiers sont partis, c'est avant tout pour monter d'un cran. La Coupe de France et la Coupe d'Afrique du Nord étaient, en cette époque, d'excellents révélateurs. Les seconds ont été sous les feux de la rampe et de la pénombre, ils furent mis sous une lumière aveuglante : ils étaient devenus des héros nationaux et les équipes du Golfe leur firent un pont d'or. Ils n'ont pas hésité. Reconnaissons quand même qu'il n'y avait pas les mêmes entraves que pose de nos jours le statut de professionnel. En leur qualité d'amateurs, ils pouvaient bouger, cesser leurs activités ou changer d'horizon sans trop de difficultés.
Les années passent vite
De nos jours, les choses sont totalement différentes : les joueurs sont beaucoup plus instruits. Ils connaissent les règlements et disposent d'agents représentant leurs intérêts. Ils réfléchissent et prennent leurs décisions sans perdre beaucoup de temps. En effet, ils savent que ce temps leur est compté. Les années passent vite et deux arguments de taille motivent leur décision finale. D'abord, une carrière de footballeur est relativement courte et qu'il leur faut de ce fait tirer le maximum avant qu'il ne soit trop tard. A la merci d'une blessure, d'une saute d'humeur d'un dirigeant ou d'un entraîneur, ils risquent de moisir durant des années sur un banc ou dans une équipe de réserve.
C'est, ensuite, la situation de notre football qui n'est plus en odeur de sainteté. Sa structuration laisse à désirer, elle est même inexistante et le flou artistique qu'entretient la fédération avec la complicité des clubs et le silence de la tutelle, est un obstacle pour le moment insurmontable. Pour ne pas dire insoutenable, car personne ne veut toucher à ce dossier comme si les problèmes que vivent joueurs et clubs se passaient en dehors de nos frontières.
La situation des clubs sensés être « professionnels » est catastrophique. Les grèves et les retards de paiements sont monnaies courantes.
Légitime…
Les joueurs, dont le football est leur raison de vivre et qui les fait vivre, ne sauraient tenir face à la situation beaucoup plus avantageuse que leur offrent les clubs étrangers. Ils savent pertinemment qu'ils sont capables de dénicher une place pour mieux vivre et améliorer leur situation. Les nouvelles contraintes financières et économiques que vit le pays, forment un élément qui joue largement en faveur d'un exode massif des meilleurs spotifs vers des pays qui offrent peut-être moins, mais desquels nos joueurs doublent sinon triplent leurs gains.
Il serait hypocrite de ne pas tenir compte de ce facteur, en dépit de tout ce que pourraient prétendre des éléments qui, en joignant l'utile à l'agréable, sont en mesure d'améliorer sensiblement leurs entrées. Et c'est légitime.
Néanmoins, la structuration de nos clubs et de notre football demeure un argument essentiel, surtout lorsqu'il s'agit de mettre en place un plan de carrière. A quoi servirait-il de s'engager avec des salaires mirobolants sur le papier, pour se retrouver face à la catastrophe que représente le départ d'un président qui n'est plus motivé pour allonger les millions… de dettes ?
Ce qui se passe au Club Africain est une illustration parfaite des conséquences que représente l'absence de structures régissant notre football. Aujourd'hui, ce club est à la merci des sanctions, menacé dans son existence, complètement asphyxié par les méfaits d'un président et d'une équipe dirigeante hors du temps.
Dans un pays où le football est organisé, ce club n'aurait jamais atteint cette proportion d'insolvabilité. Les garde-fous auraient joué leur rôle et on n'aurait jamais atteint cette pente savonneuse qui donne directement sur le précipice.
Le comble de l'ironie
A titre d'exemple de la rigueur qui sévit dans un football organisé et en dépit de la (vraie) richesse de son patron, le PSG est menacé parce qu'il a enfreint le «fair-play financier» et dépensé plus que ne lui permettent les règlements en vigueur. Qu'en est-il chez nous ? Les clubs se morfondent dans leur incapacité de régler les fins de mois de leurs joueurs, la fédération (comble de l'ironie !) qui se mobilise pour payer les dettes des clubs, les autorités régionales ou nationales qui se débattent pour recoller les morceaux, offrir des subventions de fonctionnement comme ils le faisaient du temps de l'amateurisme.
Un incroyable imbroglio qui emporte tout bon sens, toute logique dans lequel se confond le vrai et le faux.
Pourquoi veut-on que les joueurs subissent tous les aléas d'un professionnalisme qui n'a que le nom pour exister, dans une jungle si touffue qu'il est impossible d'en voir les contours?
C'est la raison pour laquelle nous soutenons que la fédération et le ministère des Sports sont directement concernés par cette situation désastreuse. La saison est sur le point de se terminer et rien ne filtre à l'horizon en dépit des vagues promesses.
Un silence inquiétant
Il est bien beau de détourner l'attention de l'opinion publique sur les installations sportives ou autres amuse-gueules, mais il y a cette question de faux « professionnalisme » qui, depuis des années déjà, tel un cancer, bouffe les fondements de notre sport, expose nos jeunes, risque de détruire ce que les générations précédentes ont mis en place.
Pourquoi ne veut-on pas ouvrir ce dossier et le régler une fois pour toutes ? Qui a peur de qui ? A qui profite cette confusion ?
Il n'y a pas que le football. Le handball, les sports individuels et de combat sont la cible des recruteurs qui maintenant connaissent les points faibles, se sucrent sur le dos de nos joueurs et appauvrissent les clubs. Certes, il y a des jeunes qui émergent pour les remplacer, mais, il est quand même regrettable que nos équipes, nos compétitions tournent avec des novices qui apprennent le métier pour aller animer des compétitions et garantissent un niveau plus performant ailleurs.
Cette absence de sécurité dans l'emploi, cette angoisse de l'avenir sont de ce fait des arguments des plus convainquant et les joueurs, en s'arrangeant pour ne plus renouveler leur contrat, cherchent à améliorer leur situation tout en accédant à des compétitions plus enrichissantes sur le plan financier et bien entendu technique.
Quant aux spectateurs que nous sommes, nous ne regardons un match que par obligation. Le spectacle, animé parfois par nos joueurs expatriés, est assurément ailleurs !


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