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Comportements: Le harcèlement sexuel dans les moyens de transport prend de l'ampleur.. L'éternel tabou : l'éducation sexuelle
Publié dans Le Temps le 30 - 11 - 2014

Un tabou parmi tant d'autres, un phénomène social grave et pourtant normalisé et sous-traité ne fait pas l'exception, il s'agit du harcèlement sexuel dans les moyens de transport. Des gens qui témoignent de tels actes ou des filles qui l'ont subi nous laissent sans mots parfois, mais pousse à se poser plein de questions et à fouiller dans les causes d'un tel comportement en milieu public. Que racontent ces témoignages ? Quels facteurs résident derrière ce phénomène et quelles conséquences sur les victimes ?
Elles se laissent faire, elles se taisent, pourquoi ?
L'un des témoignages est celui de Harrabi Abir, étudiante, qui utilise les moyens de transport public pour sa première année à l'université, et qui avoue être choquée par ce phénomène qu'elle vient de découvrir. Abir exprime son mécontentement face à cela ainsi que sa grande peur d'être soumise à un acte de harcèlement sexuel, jusque là elle ne fait qu'observer et n'hésite pas à réagir à la place de la fille concernée.
Tout d'abord, elle considère que c'est un sujet tabou alors que cela doit être discuté et remis en question. Le fait qu'il soit tabou tient à plusieurs causes, principalement la peur de la victime de réagir en public et de faire part ainsi à un scandale. Ce fait est mal vu par la société surtout par rapport à la fille qui est classée comme indigne, voire indécente tout comme le cas du viol. Cette idée doit, selon Abir, être déracinée car c'est injuste. On doit donc conscientiser les filles victimes de ces actes de devoir réagir et même porter plainte s'il le faut. Elle précise que ce qui fait le plus mal, c'est que personne parmi les voyageurs du métro ou du bus ne bouge un cheveu en voyant cela, c'est ce qui décourage d'ailleurs davantage la fille à réagir.
Parlant des cas auxquels elle a déjà été témoin, Abir dit que c'est généralement lorsque le moyen de transport est encombré et qu'on n'arrive à peine à bouger un orteil, c'est le moment propice pour ces « malades » de donner libre cours à leurs fantasmes et d'extérioriser leur « frustrations ». Elle raconte que dans certains cas, elle a observés de ses propres yeux, la fille se laisser faire, pourtant elle rougit et elle se sent mal à l'aise, ce qui poussait Abir à réagir à sa place insultant sans aucune crainte le harcelant. Les réactions des gens sont, selon elles, bizarres et inexplicables du genre « en quoi cela te concerne ? » ou « mêle-toi de tes affaires ma fille et évite les problèmes ». Abir n'arrive pas à admettre qu'une fille soumise à une humiliation pareille puisse se taire, « mais pourquoi se taisent-elles ? C'est un droit de lui tourner une bonne gifle ! », dit-elle toute furieuse.
D'une autre part, Abir précise que le problème n'est pas toujours relié à la fille qui porte des vêtements provocants, bien que ce soit l'une des causes. Elle indique que certaines filles voilées sont venues lui raconter des cas de harcèlement sexuel qu'elles ont vécus elles-mêmes, il y en a une qui portait carrément le « Jelbab » et qu'on a quand même harcelée. Abir précise qu'on ne doit pas exclure les cas de filles qui se laissent faire et choisissent de vivre pleinement le moment, cela est, d'après elle, un problème à part qui doit être traité dans les deux sens car elle n'est plus considérée comme victime.
Pour conclure, Abir tient à ce que tout le monde se réunisse pour lutter contre ce phénomène et s'engage à lutter jusqu'au bout pour que ce ne soit plus un tabou et pour que ce soit traité convenablement, elle est d'ailleurs administratrice d'une page sur les réseaux sociaux qu'elle a intitulée« Contre tout harcèlement sexuel dans le métro ». Elle considère que c'est l'un des outils de lutte mais que ce n'est tout de même pas suffisant comme initiative individuelle, elle appelle donc tous ceux et celles qui sont touchés par ce phénomène de ne pas manquer d'initiatives pour l'éradiquer. Elle appelle également les médias à y donner de l'importance car si ce n'est pas médiatisé, la lutte n'aura aucun poids.
Un phénomène qualifié d'antisocial...
Mlle Ziadi Raja, psychologue, considère que le harcèlement sexuel dans les moyens de transport ne peut être qualifié que d'antisocial. Elle précise que cela trouve ses origines dans deux dimensions : l'une est culturelle, l'autre est socio-économique.
La psychologue commence par expliquer la dimension culturelle qui se résume dans la perception de la femme, selon certaines catégories de gens, comme objet purement sexuel, de ce fait érotisé jusqu'au bout des doigts. D'une autre part, elle considère que les convictions religieuses, qui renvoient à la prohibition de toute relation sexuelle extraconjugale, constitue un prétexte avancé par ces agresseurs pour justifier leur « faim sexuelle » qui les pousse à de tels actes de harcèlement à la moindre occasion qui se présente.
Pour la dimension socio-économique, la psychologue considère qu'elle est liée à la dimension culturelle, du fait qu'elle se résume par l'inaccessibilité économique au mariage, et l'abstention d'établir des relations sexuelles hors du cadre de mariage revenant à la raison culturelle, principalementreligieuse. Ceci induit donc un comportement qui leur permet de rassasier cette faim sexuelle, d'où le harcèlement sexuel qu'on voit dans les moyens de transport public.
Mlle. Ziadi précise que l'indifférence des gens face à ce phénomène et plus précisément des témoins qui y assistent trouve son explication dans le phénomène psychosocial de ce qu'on appelle « la dilution de la responsabilité ". Elle trouve que plus le nombre de témoins est important, plus les gens ont tendance à rester indifférents, d'où le choix de ces lieux publics par les agresseurs.
Mme. Boukraa Hajer, sociologue indique que ce phénomène n'est pas aussi important en Tunisie que dans plusieurs autres pays arabes comme l'Egypte et l'Arabie Saoudite, elle en conclut que plus le taux de frustration sexuelle est élevé dans les sociétés plus le harcèlement sexuel est visible. Cela revient essentiellement au fait, qu'en famille, les sujets en rapport avec la vie sexuelle de l'individu, la découverte de son corps et sa valorisation, sont encore des tabous. C'est à partir du cadre familial que chacun acquiert un degré de conscience par rapport à cela et se permet de se comporter avec lui-même en tant que corps y compris ses besoins et ses variables émotionnelles, non pas en tant qu'organisme perçu comme une machine.
Comprenons d'abord ce qu'est un corps...
Selon la sociologue, toute personne a besoin d'être encadrée dès l'enfance dans le processus de découverte de son corps, ce qui n'est pas le cas d'où la fausse démarche des enfants et adolescents de faire l'exploration du corps et de se heurter seuls au côté du désir sexuel qu'ils essayent de mettre en valeur mais en cachette, puisqu'il est éduqué sur la base que c'est un tabou. On n'apprend pas à se comporter avec le sexe opposé en harmonie tout en considérant et comprenant la notion exacte du corps, mais en tant qu'organisme source de plaisir.
Quant aux réactions des femmes lorsqu'elles subissent le harcèlement, Mme.Boukraa explique que c'est compréhensible qu'elles se laissent faire puisqu'elles sont habituées à admettre la soumission surtout dans les actes sexuels. Elle ajoute que la femme parle peu de sa vie sexuelle ou des problèmes qu'elle affronte, elle admet même le fait qu'elle est objet sexuel. Pourtant, il y a des femmes qui réagissentet qui ont acquis une certaine conscience de devoir se valoriser grâce à l'avènement des mass médias et l'évolution des moyens de communication qui mettent en relief les différents problèmes relatifs à sa vie sexuelle.
Il faut noter, selon la sociologue, qu'il existe toujours une marginalisation de la femme dans les espaces publics, mêmes virtuels, cette marginalisation est renforcée par le harcèlement sexuel et pousse la femme à penser à ne plus se déplacer en moyens de transport, voire de s'isoler et de rester chez elle, ce qui est voulu par certaines gens d'une mentalité ou idéologie bien déterminée. Elle a d'un autre côté parlé de l'indifférence des gens témoignant de ces actes de harcèlement et a classé cela dans les aspects de l'individualisme de plusen plus important dans la société.
La culture du tabou occulte plusieurs problèmes qui touchent quotidiennement la société tunisienne et constituent un paralysant majeur de la purification de la mentalité. Un phénomène tel que le harcèlement sexuel dans les moyens de transport public constitue, entre autres, un obstacle devant la stabilisation de l'aspect psychologique de la société d'où les lacunes culturelles, intellectuelles et même économiques qui en sont engendrées directement ou indirectement. Commençons par revenir aux origines de ce fait, de les étudier sérieusement, de se focaliser sur la conscientisation de la masse pour y trouver les solutions adéquates.


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