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Chronique, Le mot pour le dire : Car ne repose que le mort !
Publié dans Tunivisions le 18 - 11 - 2013

« Il est des chebbis qui fréquentent les maisons d'Allah, vocifère l'Ange en chef. Ceux-là sont les nomades de l'absolu. Méfiez-vous d'eux, ne les écoutez surtout pas. Ils sont là pour distiller leur venin et vous détourner de la voie droite. Ils vous diront, entre autres, que l'autel est une abomination ».
Aymen Tourojman, La Conscience Tranquille, p. 168
De quelle manière, l'homme de vérité (le croyant dirait Nietzsche), à supposer qu'il parvienne à se dégager de son néant (sa foi) et, dans le cas où l'irréfutable ne lui aurait pas de gré ou de force ouvert les yeux sur la fatale relativité (en vertu de laquelle Dieu se convertit en dieu), énoncerait-il la sentence qui figerait dans le monde son désir (capacité ou force dirait le physicien, mais le philosophe, accordé en cela avec le poète, pencherait pour vertu) de mouvoir ? C'est que l'homme de vérité est l'homme du verdict qui dénonce et châtie. Sans le fouet qui cingle et rappelle à l'ordre, l'homme de vérité se verrait acculé à la démission ou, pire encore, à dénoncer en lui-même la tentation de la duplicité et, rongé par le désespoir, irait de lui-même se hisser sur le bûcher pour expier dans les flammes sa coupable incrédulité.
C'est cela que ne ferait jamais le monarque de droit divin. Le sacrifice de soi, c'est au saint de le consentir au nom de la communauté. Le Berger, lui, a d'autres chats à fouetter, d'autres brebis à traire et bien des têtes brûlées à trancher. C'est que la vérité a besoin de la terre ferme. Pour son épanouissement, elle n'a pas besoin de la terre entière. Elle se suffirait, pour cela, de l'endroit où elle pose les pieds. Quand éclot sa fleur et que se répand alentour les exhalaisons irrésistibles de son arôme, alors la vérité s'arracherait à son terreau et partirait à la conquête de l'horizon. Ce n'est qu'à ce moment qu'elle aurait besoin de se confier et se chercherait dans la multitude des partenaires consentants, c'est-à-dire des prosélytes, des fidèles et des moudjahidines.
Car la vérité n'a que faire de compagnons ou d'amis, c'est d'alliés et de soldats dont elle a besoin. Au moindre soupçon, elle condamnerait son adepte au silence et, s'il le faut, le chargerait de chaînes et le précipiterait elle-même dans le cachot ! Etre fidèle ou périr. Et la vérité, drapée de sa verve irréfutable, dirait de cette rigueur inflexible, en pastichant Nietzsche – qu'elle abhorre pourtant – qu'elle est humaine, trop humaine. Voilà pourquoi il n'y a de vérité que dans la foi qui n'admette ni compromis ni concession. La foi est sourde, par essence, à l'échange parce qu'elle est inhabile en dehors de la seule dictée.
Du dialogue, elle ignore tout et ne s'y résigne que le couteau sur le sein. Même dans ce cas extrême, elle trouverait toujours le moyen de louvoyer et d'annexer ainsi son confident. Rares sont ceux qui, s'entretenant avec la foi, aient pu échapper au ravissement. Celle-là, pour charmer et enferrer son vis-à-vis, exhibe son argument irréfutable : la vérité. Immobilisé par les chaînes dont elle l'a surchargé, le prisonnier n'est pas encore totalement gagné à sa cause. Il le sera seulement au moment où il irait se prosterner devant l'autel pour implorer soutien et réconfort. Plus besoin alors de le maintenir ligoté. Libre des mains et des pieds, il n'irait nulle part, parce qu'il se serait défait entretemps de l'aiguillon de la question.
Voilà pourquoi la foi redoute le nomade. Pour ce pèlerin de l'absolu, il n'y a pas d'horizon, encore moins de temple et, en matière de culte, le nomade est fruste et inculte. Sollicité par l'étendue aux couleurs de carnaval, il a les yeux constamment levés. Le séide (applaudisseur par essence), lui, tient les siens en permanence à ses pieds. Pour cela, il n'y a pas de chant pour contraindre l'âme du nomade au repos, ni de vérité qui sache se l'attacher. Cette dernière n'aurait pas suffisamment d'éclat pour l'éblouir continuellement. Sa brillance défaillirait fatalement le jour où, juché sur sa monture, l'incurable trotteur se détourne du coucher pour s'orienter vers le lever qui se profile dans le lointain et dont il ne perçoit que l'ombre d'une idée : son horizon jamais accessible.
Pour cet être fébrile, la pierre n'a d'attrait que dégagée de la forme utile à laquelle la réduirait l'illusion enchanteresse de celui qui a horreur de quitter ses fers pour aller ravir à l'horizon ses secrets. Pour cet être aérien, l'horizon n'est jamais un, et même multiple, il ne s'en suffirait qu'il ne l'ait acculé à l'exubérance et à la profusion. Dire son ravissement devant l'évanouissement et l'éclipse est chose terrible, impossible, dirait-il lui-même, si jamais il se laissait entraîner à se défaire de son feu le temps de le contempler, de le regarder bien en face. Le pourrait-il seulement, lui qui ne vit que pour la haute brûlure ?! Et quand celle-ci défaille sous l'élan, il irait au-devant du brasier y chercher son dû. S'y jetterait-il s'il n'en tirait pas de quoi rétablir, dans son désir, la faim ?
A cette question, et à toutes celles que ferait surgir sur la langue docile la curiosité policée du savoir réduit au rang d'une simple parure (dont il ornerait l'autel – le Mihrab diraient d'autres – du temple où se bousculent ses ouailles), l'homme des cimes ne répondrait point. Entretenir la curiosité domestiquée de son irrépressible élan, à supposer qu'il en soit capable, c'est se compromettre irrémédiablement. C'est comme si, plantant son bâton dans la chair avachie des environs, il se laisserait aller à caresser la pierre polie tel un amant tâtant dans la ferveur de l'aimée le pouls de sa fièvre à lui. Ah, comme elle est douce et froide cette pierre polie ! Et toute pierre que la dévotion engagerait dans la forme pour dresser, faute de l'infini lui-même, le spectre de l'absolu en laisse.
La pierre sculptée est la chair même du temple, et celui-là est, pour la foi, l'élan qui lui insuffle son désir de sens. Son désir de fin. Son désir d'une lueur qui ne désarme point. Son désir de phare à l'orée de la question qu'énerve le silence. Car il n'y a de réponse, à l'attente angoissée du répit, qu'intermittente et à peine audible. Et point de salut, sinon miroité par le désir à bout de souffle. Ce désir là, à aucun autre semblable, est la négation même du désir. Car il n'est de désir qu'épris, jusqu'à l'abomination, de son impuissance de prendre racine. L'autre, celui qui ne s'épanouit que dans les fers, s'use à égrener le chapelet de la servitude pour entretenir, dans l'âtre, le souvenir de l'ardeur révolue, celle d'un moment primordial qu'il se plaît à mimer fastidieusement. Celui-là ravit au désir sa haine de l'accoutumance pour s'adonner, sur place, à ses ridicules élucubrations et à ses pitoyables simagrées. Il se donnerait ainsi l'illusion de voler, de sillonner l'étendue en quête d'un éclair. Mais il se suffirait d'une illusion.
Celle de régner indéfiniment, exactement comme un dieu, parfois même comme Dieu.
La vérité n'est pas, comme l'assurent ceux que le départ ne tente point, la fille de la raison. S'il fallait admettre que l'attrait de l'ailleurs, ou l'au-delà pour l'illuminé dévoué à la gloire d'un horizon dont la foi a eu raison, est la voix du désir insurmontable, il faudrait admettre alors que l'attrait du temple, implanté dans le limon nauséabond de l'habitude et de l'accoutumance est, lui aussi, du désir insurmontable, la voix. D'un désir à l'autre, on vit ou on meurt, on s'anime ou on se fige à volonté, on se déchaîne ou on se laisse aller à la douceur des sables au fond de la fosse où repose le pénitent. Et la raison alors ? S'il fallait cautionner l'empire du désir, il faudrait se résigner à porter le deuil de la raison. Celle-là, assiégée par le désir, tôt ou tard s'éteindrait.
Mais que dire de la vérité et de sa parenté avec la raison, sinon que l'une et l'autre se satisfassent, cela revient au même, du Tout ou du Rien ? Que dire d'elles sinon qu'elles ignorent le bon sens et ne s'apaisent qu'elles n'aient, dans tout désir, épuisé toute la sève ? Que dire de ses sœurs jumelles qui n'aient été tracé par les mains du sage et du poète réunies ? Que dire d'elles, elles qui répugnent aux caprices déroutants du fol élan les bras vers l'infini – c'est tout au moins ce qu'on lit, consigné par des mages austères dans les hécatombes de la mémoire, depuis longtemps déjà boudées par la mémoire – sinon qu'elles sont une quand elles s'acharnent – et avec quelle allégresse ! – sur les ailes, toutes celles empruntées par l'être en mal de périple, pour faire passer à l'homme sa soif de s'en aller, de s'en aller encore, toujours un peu plus loin, toujours sur la trace de ses ineffables suggestions ?
Que dire ?
Il nous vient des mots terribles, des mots durs et arides, des mots qui épellent le désespoir des origines lointaines et celui, bien plus féroce, de l'instant. Car terrible est le verbe qui consigne, dans la raison même, la déraison, la démesure dans la retenue, la folie dans la maîtrise suprême ! Voilà ce que ne dirait jamais le philosophe et que le poète crierait sur les toits, car le poète est, de tous les êtres, celui qui connaisse l'étendue de l'humain. Le poète sait surtout que l'homme s'apitoie sur sa triste condition qu'il opte pour l'interrogation virulente ou qu'il se résigne à la tranquille tiédeur du certain. Confronté à Dieu ou au Néant, l'homme se déploie dans le désir abyssal d'un horizon.
Le théocrate, lui, ambitionne de régner indéfiniment, exactement comme un dieu, parfois même comme Dieu. Pour lui, le seul horizon qui vaille, c'est son trône.
Mais qu'est-ce donc que l'horizon sinon le point où se pose le regard affamé d'absolu ? Qu'il se pose sur la pierre qui obstrue l'horizon ou sur le vide qui distend l'horizon au-delà du possible, le regard identifie, pour chacun, son horizon le plus cher. Sans cela, l'horizon se taillerait à même l'absolu et nombreux seraient ceux qui ne s'y reconnaitraient point. Il est heureux que l'horizon tienne du relatif qui, en chacun de nous, fonde l'humain. La vérité, puisque c'est d'elle qu'il s'agit ici, est qu'il n'y a de vérité que coulée dans la substance fragile du fini. De l'infini, la vérité retient son endurance face à la corruption, et la terrible hantise de la fin au bout de son périple !
De la vérité, l'homme, le nomade comme le dévot, ne sait qu'une chose et une seule : la vérité de sa fin inéluctable. Quand au désir, il est, dans l'un et l'autre, ce qui freine ou déchaîne l'élan vers l'absolu. Heureux celui qui, de son désir, lâche les rênes ! Car il n'y a pas mieux, pour celui que hantent les murmures inextinguibles de l'infini, que le désert. Le temple n'exclut pas le désir, mais le contraint à voler bas, à tourner en rond. A la longue, il s'essoufflerait et tomberait aux pieds du désirant. Alors, commence pour celui-là le périple honteux de la prostration, celui de la vérité faite foi, et désormais étrangère à l'angoisse qui nous met en garde contre le repos.
Car ne repose que le mort ! Voilà pourquoi la Tunisie ne saurait être réduite à un temple. Jamais elle ne se reconnaîtrait dans le tartuffe prosterné à ses pieds.


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